Littéraire pour quoi faire ? Blog littéraire et alors ? (par Junain Lavillet)

Résilience

Un jour, tu te crois abandonné.e et seul.e, tu bois trop, du rouge, et tu vois du noir…
Tu vois une corde, tu veux larguer les amarres, tu crois que la vie ne vaut rien et tu en as marre...

Écoute, la vie est longue, il y a toujours de l'espoir, demain tu gravis l'Everest, demain tu tombes ; la vie est une ronde, attends que l'orage passe, trouve-toi un abri, si le tonnerre gronde…
Depuis quand tu connais tout du monde ? Il n’y a pas de demi-vie, tu sais, tu es dedans, ou hors la tombe… mais si tu choisis de vivre, tu peux rebâtir, changer le cours de ta vie, rencontrer du monde, désamorcer la bombe, lancer la sonde, explorer, vivre, ressens juste l'onde, fuis l'ombre...

Si tu as perdu l'amour , tu n’as pas perdu ta capacité à aimer ou à être aimé ; seul.e, tu ne l'as jamais été, on est connectés, il y aura toujours une étoile pour briller, quelqu'un à tes côtés, si tu ne peux pas le voir, c'est qu'il fait trop noir où tu es, alors fais un pas de côté: change de place, trouve un espace, il n’y a pas de bonheur en soi, faut que tu te le fasses… mais sois en persuadé.e, il y aura toujours quelqu’un pour t'aider, des gens pour te guider, se révéler, tends leur la main si tu veux décoller, cesses de déconner, ne mords pas quand on t'embrasse, parce que tu sais plus aimer…

T'es le maitre de ta vie, tu l'as choisie, s’il en reste, jouis, même cinq minutes encore, car chaque moment porte son trésor, ta pensée, c'est l'or. Qu'as-tu perdu de si essentiel, qu’attends-tu en scrutant le ciel, à te lamenter ? Sur ce que tu n’as pas eu et que tu méritais, ce que tu as perdu et que tu chérissais ? La vie est ainsi faite : tu y trouves tout, mais faut que tu les mettes... ces choses pour te reconstruite, arrête de souffrir, être en colère, ça ne suffira pas, en blessant les autres tu te blesseras toi, ce qu'on t'a pris, on ne te le rendra pas... Tu es vivant, il y a du vide et faut mettre dedans; tu es responsable de tes actes, de tes choix, maintenant.

Le chemin le plus dur, c'est souvent la voie, celle qui fait le plus mal, mais où tu deviens toi… Apprends à pardonner et à te pardonner, tu es ton propre bourreau, trouve ce bon tempo: soit capable de t'aimer un peu, pour ne pas t'aimer trop…

Donne pas de pouvoir à tes ennemis, si tu t'effondres, ils gagnent, n'écoute par leurs paroles, tu sais, la rumeur est folle, leurs mots n'existent pas, c'est leur opinion , leur croyance, pas la réalité, toi seul sais qui tu es. Si ils ont violenté ton corps, renforce ton esprit, il y aura toujours un bout d'âme qu'on ne t'aura pas pris, tu trouveras du sens, dans ce qui reste, même dans la douleur, tu trouveras semence…

Sauve-toi en premier, monte tout en haut du palmier, plus tu seras haut, plus tu pourras aider. Le monde se regarde de plusieurs côtés, tu peux voir le verre cassé, ou le beau, le vrai. Reprends courage et volonté, remets-toi dans l'action, le vent sèchera tes larmes, trouve-toi un bastion, y croire sera ton arme, ouvre ton âme, le monde s'ouvrira, si la magie existe, elle est en toi, tu es bien plus solide que tu ne le crois, tu es le chêne, tu es le roseau, tu peux plier et monter plus haut.
Tu as toute l'existence, saisis ta chance, choisis ta naissance, crois en toi, tu es puissance...

Monsieur le Recteur, je vous fais une lettre...

undefined

 

"

les guérisseurs blessés sont les plus efficaces, ils connaissent intimement leur sujet.

"

Monsieur,


Vous me pardonnerez j’espère, j’ai le gout des mots, assez peu celui-ci des convenances… L’écrit, par nature, installe une distance irréelle chez moi. En vous écrivant, j’ai un peu l’impression de m’adresser à un personnage lointain et énigmatique, presqu’un être mythique… Vu qu’il est question d’une demande ici, j’hésite… Seriez-vous le Père-Noel auquel j’écris ma lettre de fin d’année, ou Dieu à qui j’adresse ma prière ? En vérité, je préfère vous imaginer en bon génie, car figurez-vous que j’ai un souhait à formuler : je souhaiterais rejoindre votre école. C’est dit. A cet instant précis, mon audace, poussée par mon plaisir, n’a égal que mon sentiment de honte. C’est donc honteux que je dois vous avouer à quel point je serai un étudiant effroyable, car excessif et jamais on n’aura vu quelqu’un aussi content de se trouver là…


Je n’ai pas le sentiment qu’on lise en moi comme dans un livre ouvert, alors pour un meilleur éclairage de ma personne, je vais vous apporter les notes en bas de page, pour vous faciliter ma lecture. A chaque chapitre de ma vie, j’ai été écorné ; normalement, c’est au coin des pages qu’on réserve ce genre de traitement, pourtant, le résultat est le même : je me souviens…


Je me souviens que j’ai 33 ans bientôt, mais je me plais aussi à croire que ce n’est pas si vrai… Ma vie a pris un tournant radical il y a 1 an maintenant, j’ai posé la dalle d’un monde nouveau, je suis en année 1 du reste de ma vie. Les nouveaux départs, autorisent de nouveaux projets, non ?


Je me souviens aussi avoir beaucoup souffert, j’avais des problèmes, comme on dit. La créativité est en lien avec la résolution de problèmes, c’est elle qui je crois nous permet d’élaborer des solutions et la réponse, c’est souvent l’œuvre. Je suis très créatif. J’écrivais, j’ai écrit longtemps, j’écris toujours... L’écriture me servait à évacuer un mal dont je ne connaissais pas encore le nom. Je cherchais encore…


Je me souviens que dès le début de l’âge adulte, je me suis lancé dans une quête effrénée de savoirs, une vraie boulimie. Très rapidement, je me suis intéressé aux sciences humaines, c’est peu dire que je me suis éparpillé. Il y a tant à connaitre, je voulais tout savoir pour mieux me connaitre, car je souffrais de plus en plus. Le savoir est bon, le savoir rassure, il donne de l’emprise sur le monde. J’étais anxieux, timide,  trop sensible... En silence, avec toutes les précautions possibles, moi qui avait trop peur de le heurter, j’ai commencé à observer l’autre. Je suis un être humain, rien de ce que j’aurais pu apprendre sur lui n’aurait dû m’être étranger, m’étais-je dis. Et pourtant…

Je me souviens que je me croyais différent. Au début, l’unique objet de ma fascination ce fut moi et mes problèmes. Si on tombe en psycho, comme on tombe en amour, force est de constaté, que mon premier amour fut de nature narcissique… Je fus littéralement fasciné par mes propres processus mentaux. Mon cerveau était devenu mon terrain de jeux préféré, je m’y livrais à toute sorte d’expériences intimes et secrètes, ce que je préférais naturellement, c’est lorsqu’il déraillait… La psychologie (qui est devenue au fil des années mon domaine de prédilection) n’a jamais été un loisir en vérité, que j’aurais exercé en dilettante, mon petit chocolat à prendre le soir sous l’oreiller… non, ce fut toujours une affaire sérieuse. J’avais un grand intérêt à chercher à me comprendre, si je voulais tout simplement me sauver.


Triste constat, en vérité, « me sauver », c’est dire si la liste de ceux qui se sont engagés à mes côtés fut courte. Je crois avoir connu le pire de ce qu’offrent les institutions psychiatriques. J’aurais pu y passer ma vie. On m’y a broyé, mes droits y ont été bafoués. J’ai compris très tôt que tout ce que j’aurais pu dire ou faire ce serait inéluctablement retourné contre moi, que quand on est un malade, qui plus est un fou, là-bas, on n'était personne. J’ai la dent dure, pardonnez-moi, une rage dedans probablement, parfois il m’arrive encore de vouloir sortir mon revolver quand j’entends le mot « psychiatre », je crois que je suis échaudé, je crains l’eau chaude, tiède et glacé. Plus jamais, m’étais-je dit, car cela aussi je m’en souviens.


Quand l’heure de la réparation a sonné, quand la réponse est venue, le nœud existentiel qui étrangle, tranché, ce ne fut pas tout à fait l’heure de la récréation… ce ne l’est toujours pas d’ailleurs. J’arpente encore le champ de bataille de ma vie pour en mesurer les dégâts… Mais très tôt, faire de ma malheureuse expérience quelque chose de positif a été important pour moi. J’avais appris des choses dans mon parcours, même si ce fut par la voie la plus dure. Je lorgnais de l’autre côté du divan parfois, comme de l’autre côté du mur, peut-être que…


Monsieur, j’ai une expérience à partager, et certaines qualités que vous sauriez apprécier, j’en suis sûr. Mon expérience m’a changé. C’est difficile à avouer et pourtant… je suis devenu une meilleure personne, je continue à m’améliorer sans cesse, à apprendre toujours. Cette expérience, je veux la mettre au service des autres. Ce sera ma voie de salut et ma façon d’exprimer ma reconnaissance, il y a des destins qui fabriquent des pervers, d’autres doivent bien servir à fabriquer des psys, me dis-je. Je puise ma motivation dans la rage du passé, elle est inépuisable. Je serai du côté de l’humain, j’ai les idées claires sur ce que doit être un thérapeute et comment il doit exercer. Oui, j’ai des failles et tant mieux quelque part, les guérisseurs blessés sont les plus efficaces, ils connaissent intimement leur sujet.


C’est mon histoire que je vous ai raconté, je ne suis pas sûr encore de son dénouement, j’en écris l’épilogue, mais je crois qu’il était indispensable que je vous en partage un bout, si vous deviez connaitre mes motivations les plus profondes. Elle a fait de moi ce que je suis aujourd’hui, m’a forgé une personnalité, une envie et un regard sur le monde et sur celui de la psychologie naturellement. C’est tout ce que je vous propose dans ma candidature, j’espère que vous y serez sensible et lui donnerez un tour favorable. Ce serait un privilège pour moi d’étudier au sein de votre école et de poursuivre dans cette voie que j’ai choisie et qui me passionne.

Ecrire pour crier

undefined

Bien que l'on retrouve le rire et le cri dans écrire, je dois avouer que j'ai plus souvent user de l'un que de l'autre en couchant mes mots sur le papier.  Le cri me renvoyait à une douleur secrète, intime, une plaie profonde, toujours ouverte et l’écriture me permettait d'en racler la surface purulente, d'en supprimer la partie infectieuse qui hélas se reformait aussitôt...

Pendant des années, j'ai écrit sans vraiment savoir à quel besoin impérieux répondait cette activité hors-norme. C’était juste plus fort que moi. Il fallait que j’écrive, ça m’était important, pour ne pas dire vital. J'écrivais très tôt le matin, très tard le soir, de façon frénétique, parfois comme en transe, happé par l'énergie et les sensations grisantes que l'acte d'écrire suscitait chez moi. L’écriture me libérait, la liberté est excitante par nature, car on jouit mieux sans entraves. Les miennes étaient si profondes.

Il y avait une flopée de mots venus de nulle part qui se déversaient en torrent sur ma feuille, c’était magique. Je fus toujours inspiré, j'avais toujours quelque chose à dire, car je puisais toute mon inspiration dans une veine noire semblant inifinie qui descendait très loin en moi jusqu’à toucher un traumatisme d'enfance...

Aujourd’hui, je m’interroge:  est-ce que la créativité qui a pris chez moi la voie des mots serait une médecine du corps  pour pallier le mal ? Une réaction face à la souffrance,  c'est cliché, mais on crée souvent lorsqu'on a mal, à minima lorsqu'on a des problèmes, quels qu'ils soient... La création, l'oeuvre, c'est la réponse, le problème extériorisé, trituré, transformé, sublimé jusqu'à atteindre une forme méconnaissable, devenue totem, l'oeuvre peut accueillir la douleur et nous libérer. Dans nos œuvres habitent une partie de notre âme déchirée...

C'est contre ce mal que j'ai écrit, il fallait le juguler, l’empêcher de nuire. J'ai survécu grâce à mes mots, ceux que j'aurais aimé poser ailleurs que sur une feuille. 

Ecrire, ce fut ma façon de pleurer avant les pleurs. Ecrire, ce fut ma façon de parler avant de dire. L’écriture qui se branche à des canaux inconscients profonds savait pour mon viol...

J'ai été violé à un âge où le petit garçon que j'étais aurait dû seulement s'occuper de grandir et d'apprendre. J'ai appris une leçon funeste, toute ma vie en a été bouleversée.  Le petit garçon est resté bloqué en moi, il n'a plus jamais grandi. Ma vie a été suspendue près de 30 ans, 3 décennies de silence où je souffrais sans savoir de quoi. Durant tout ce temps, l’écriture m'a permis momentanément de lever cette charge, d'enlever cette pression intenable pour que l'espace d'un moment la pulsion de vie circule et cesse de s'étrangler...

L’écriture a été mon exutoire, ma douleur a pu trouver en elle une voie de sortie, s'écouler un peu comme un fluide nauséabond qu'on draine, une toxine qu'on évacue, mais il y en avait tant...  Dans mes romans, j'y ai distillé mon mal-être, mes angoisses, je peux relire chacun de mes livres, il y a une histoire au-delà de l'histoire,  une sorte de continuum tissé dans la douleur.

Dire qu'avant je pensais n'être qu'un ado romantique qui avait du spleen à l'âme juste pour frimer et ressembler à ses modèles... Je comprends mieux à présent pourquoi j'ai écrit des choses si noires. Il n'est pas exagéré de dire que l’écriture m'a sauvé quelque part....

Hier, l'écriture pour pousser un cri de douleur libérateur, vivre avec,
demain pour pousser un cri de révolte, raconter et dénoncer pour vivre sans.

Jamais sans l'écriture.

 

Roman à découvrir: Pourquoi tuer Danny ?

 

"Colin est un jeune garçon normal. Il aime écrire dans son journal et réfléchit beaucoup. Il a tué Danny aussi. S’il est un monstre, ce doit-être par erreur, car ce sont les autres qui l’ont façonné créant du désordre en lui. Aurait-il passé trop de temps seul à fouiller son cerveau ? Le mal est en nous, ou c’est les autres qui l’y mettent, reste à savoir ce que l’on décide d’en faire..."

 

undefined

J'ai pris le temps de faire une petite révision d'un de mes romans en lui donnant un nouveau titre et une superbe illustration :-)

Vous pouvez le télécharger gratuitement ici (format PDF, environ 100 pages A4, ~55 000 mots)

 

 

Devenir un auteur-entrepreneur (1ère partie)

undefined

J'entame une nouvelle rubrique et j'y ajoute d'entrée une confession de circonstances: je ne suis pas un "auteur-entrepreneur" (les Américains disent authorpreneur, j'ai bien tenté le auteurpreneur, mais ça ne sonnait pas si bien...). C'est dit.
J'ai une vision assez romanesque de l'écriture, un rapport romantique aux livres qui me renvoie toujours à quelques images poétiques, des clichés un peu moisis que j'adore; j'écris des livres, je me préoccupe assez peu de les vendre... C'est beau, c'est noble, ce serait tout à fait acceptable si dans mon rêve d'écriture, je n'avais pas enchâssé l'idée saugrenue d'en faire un jour mon métier...


Vendre des livres. Il serait temps d'y penser. Ce ne serait pas idiot, ne serait-ce que pour combler le déficit abyssal créé après 10 années de recherches pour se faire publier. Il me fallait une imprimante qui envoie du papier-minute, je n’avais pas de relieuse (et je trouve ça tellement chic les fournitures de bureau...) puis, il faut bien l'avouer, j'avais besoin de babioles à poser chez moi, pour que le visiteur puisse facilement identifier quel est mon rêve et ma quête d'une vie (j'ai enfin trouvé mon Underwood qui a 3 fois mon âge ! )...


De ce point de vue-là, je suis le hippie des lettres, plusieurs lignes accrochées à mes tripes, j'attends allongé sur l'herbe que quelques lecteurs (nécessairement avisés), veuillent bien me lire, je paresse, je suis nonchalant, j'aime les livres, les écrire, les vivre, être un auteur, quoi d'autre ?


Soyons honnêtes, même si je l'ai cru, je n'ai jamais entrepris grand-chose pour obtenir plus de lecteurs, faire plus de ventes, je ne suis pas l'ami du signe plus... C'est normal, la littérature, c'est pour moi l'antithèse des maths (je déteste les maths), je me méfie des chiffres et des calculs quels qu’ils soient. Je suis un sensitif, un sensible, un naïf, je crois à des choses amusantes: la chance, le destin, le talent... L'auteur-rêveur que je suis, doit se réveiller, si le réveil est difficile je n'aurais qu'à lui rappeler qu'en plus de 10 ans, il n'a gagné que quelques dizaines euros... de ma place au soleil, je n’en connais pas un rayon donc...


Pour bien faire, il faudrait consacrer autant de temps à écrire un livre qu'à le vendre, dit-on. Mon dernier livre, la revanche des timides m'a pris environ 3 mois... c'est donc le temps que je vais consacrer à compter d'aujourd'hui à la vente de ce livre... Une expérience que je ne manquerai pas de vous faire partager... après tout, il existe peut-être d'autres écrivains-rêveurs...
Si cela fonctionne, chiffres à l'appui, mon témoignage sera d'autant plus utile qu'il sera probant, car je suis et resterais un auteur-rêveur... D'ailleurs, je ne manquerais pas de vous vendre un prochain livre "Itinéraire d'un écrivain-rêveur devenu écrivain-entrepreneur", j’aurais alors tout compris, peut-être...

À bientôt

 

Écrire, c'est comme courir un marathon


10 conseils pratiques pour devenir un écrivain demain dans le contexte d'aujourd'hui...

 

undefined


L'écriture est un art qui reste auréolé d'un certain prestige, il fascine encore, chose étonnante dans un pays qui comptera bientôt autant d'auteurs que de lecteurs... Il existe un mythe de l'écrivain, qui traite du génie, de personnalités d'exception, d’êtres solitaires en proie aux tourments de la créativité... C'est plaisant, romantique à souhait, suranné, charmant, mais évidemment plein de clichés et de fausses vérités dangereuses pour l'aspirant écrivain ...
Lorsqu'on parle d'écriture, ou de talent artistique de façon générale, la question de l'innée et de l'acquis ressurgit de son placard ancestral... Peut-on écrire sans un don congénital, des aptitudes secrètes, des prédispositions particulières ? Non, répondront certains, et de fait, ils étoufferont leurs moindres velléités d'écriture, effrayés par une seule idée, timorés, complexés, pensant manquer de ceci ou de cela pour rejoindre la caste décrite comme remarquable des teneurs de plumes. .. Si peu confiants, que leur supposé 1er échec, les convainc définitivement qu'écrire ce n'est pas pour eux; ils racontent penauds leur piteuse rencontre face à une demi-page, refusant obstinément de se remplir et croit que c’est là son éternelle caractéristique…
C'est mal s'y prendre. Soyez rassurés, écrire, cela s'apprend, c'est un entraînement comme un autre... Je ne suis jamais à l'aise dans la posture facile et flatteuse de bon conseiller, je n'ai aucune légitimité en tant qu’auteur, mais de l’expérience, j'écris depuis longtemps déjà (plus de 10 ans), des romans (j’en ai une dizaine derrière mois et autant devant) , c’est cette longue expérience que je veux partager avec vous, si aujourd’hui vous décidez d’écrire votre premier livre enfin. Moi qui ai pratiqué la course de fond pendant des années, j’aime établir cet étrange parallèle : écrire un roman c'est comme un courir un marathon.... Dans cet article nous ne parlerons pas des qualités de ce premier roman ni de son style, ce qui reviendrait à croire que de bonnes chaussures suffisent à passer la ligne d’arrivée… Non, il ne sera question que d’oser oser, de se préparer à l’écriture comme on se prépare à une course de fond, aller jusqu’au bout au travers de 10 conseils pratiques d’un écrivain marathonien.

« Pour bien écrire, il faut avoir beaucoup lu »


1 Lisez.
Un lieu commun qu'il ne faut pas arrêter de marteler : pour bien écrire, il faut avoir beaucoup lu. Être à l'aise avec les mots, s’être constitué une armée de réservistes, un vivier dans lequel piocher, notre cuisine personnelle, là où nos meilleures idées vont mariner à feu doux... Lire, en écriture, c'est avant tout bien s'alimenter, avoir un mode de vie littéraire sain.

2 Commencez petit. Cela peut paraître évident, mais on ne se lance pas tête baissée dans un roman-fleuve, ou une épopée romanesque en 10 volumes dès la première tentative… pas plus qu’on part sur 40 kms la première fois qu’on enfile ses chaussures de running ! Ce serait la meilleure façon de se décourager, de se casser les dents... L’écriture est un travail d’endurance, il faut bosser son souffle. Pour commencer, privilégiez les histoires courtes, les nouvelles, créez votre terrain de jeu délimité, votre bac à sable, lieu d’expérimentations où vous commencerez à installer une version miniature de votre univers, ses mots et ses thèmes chéris…

3 Choisissez vos moments. L'écriture est un exercice solitaire qui demande rigueur et concentration des qualités pas toujours compatibles avec un emploi du temps tumultueux (travail, famille...) Il s’agit de trouver le moment le plus adapté et de mettre en places de petits rituels qui constitueront des accroches solides le jour où la motivation manquera. Le calme du crépuscule, l’agitation d’un café, une tasse de thé à la main, la présence rassurante des livres, la bibliothèque, ou le sous-sol… c’est à vous de choisir là où vous vous sentirez le plus à l’aise pour écrire… Le bon moment, le bon lieu, c’est ce qu’on appelle le bon équipement en course à pied.

4 Persévérez. Écrivez et forcez le naturel. Pas d’envie, fatigué et peu motivé ? Allez-y quand même ! Vous risquez d’être étonné. En course, comme en écriture, seul le premier pas coute… prendre la plume, enfiler ses chaussures, les actes préparatoires créent la motivation. Il faut installer de ces cercles vertueux dont les effets dépassent les premiers apports. La créativité à des itinéraires surprenants, crée sans considération d’aucune sorte, on croit n’avoir rien à écrire, que c’est mauvais, aux innocents les pages pleines, il faut croire... Il est important de se fixer des séances d’écriture surtout au début de votre projet. 2h le samedi matin, deux fois la semaine en soirée ? Le rythme importe peu, c’est la régularité qui prime. D’abord, on se contraint, avant que cela devienne un automatisme et que seule la joie d’écrire nous porte, musclé aux mots, gonflé à la créativité. L’écriture aussi apporte son lot d’endorphine, de chimie portative qui fait qu’on reviendra à son bureau jour après jour.
5 Fixez-vous des objectifs. Posez-vous les bonnes questions d’emblée. Pour qui ? Pour quoi ? Écrivez-vous pour le plaisir, pour devenir écrivain, pour vous, les autres ? Il y a une tendance naturelle à vouloir viser une publication à compte d’éditeur, c’est normal, c’est le sas élite, la L1… les musiciens amateurs rêvent d’un concert et de premières parties prestigieuses, un joggeur régulier, de franchir la ligne d’arrivée de sa première course officielle…. Avoir un objectif, c’est sain, cela entretient la motivation, mais faites en sorte que celui-ci soit raisonnable. Il faut le diviser en étapes. Rappelez-vous, un marathon, ce sont des ravitaillements : 5, 15, 20, 30 kms, prenez des forces à chaque palier, savourez, soufflez, repartez de plus belle !


« Dans l’écriture, il existe une charge narcissique liée à l’activité quasi démiurgique d’être auteur»

6 Dominez-vous. Les grands sportifs vous le diront, à un certain niveau, le physique vaut tout autant que le mental. L’ennemi de l’auteur, c’est son ego, c’est contre lui qu’il faudra souvent lutter pour en contrecarrer les illusions. Car dans l’écriture, il existe une charge narcissique liée à l’activité quasi démiurgique d’être auteur. Il faudra accepter que votre travail si personnel, dans lequel vous vous êtes tant investi personnellement avec vos émotions et vos tripes, puisse être critiqué, et ce négativement. Ne croyez pas que vous aurez que des commentaires positifs ! Remballez donc votre ego, pour pouvoir accueillir sereinement les critiques, le point de vue de l’autre est important par sa différence et doit permettre de contrebalancer notre aveuglement égotiste. À un certain point, l’autre devient plus lucide sur le travail que l’on a fourni... Attention, également aux scories des premiers romans, les jeunes auteurs ont leurs travers, encore une fois c’est quelque chose de l’ordre de l’amour propre qui s’exprime : ils se croient exceptionnels, veulent se raconter, montrer leurs talents au monde…et se prennent bien souvent les pieds dans le tapis : des mots trop zélés, un style scolaire et boursouflé de premier de la classe qui veut se faire mousser , un roman en forme d’exutoire qui sent la biographie mal déguisée et qui n’offre pas la juste distance et une place… pour le lecteur . L’écriture doit se faire sans hargne, ni contre le monde, mais toujours avec la sérénité d’un maitre Zen.

7 Restez lucide. Vous voulez devenir écrivain ? Cela vous fait rêver et tant mieux. C’est noble. Trop de rêves aujourd’hui puent la médiocrité, pullulent d’images criardes et de plaisirs creux. Mais le rêve d’écriture doit être débarrassé de ses oripeaux romantiques pour pénétrer le réel. Il ne suffit pas de savoir écrire, d’avoir du talent, pensez à tout ce que l’écriture n’est pas. La littérature est devenue un business comme un autre, c’est un marché, où l’offre égale la demande. Être un artiste ne suffit plus, les ailes des poètes se font couper, raccourcir, l’atmosphère est plombée de basses contingences matérielles, on ne vole plus si haut, le monde matériel à de tristes préoccupations, concrètes, viles, prosaïques, mais nécessaires… Il faudra vendre, faire de la communication, du chiffre, du marketing, promouvoir, s'exhiber... oui, être écrivain c’est un métier et non un rêve.

8 Notez tout. Ne croyez pas que l’inspiration débarquera sous prétexte que vous l’attendez bien sagement dans une niche que vous avez conçue à son attention. Elle est imprévisible, voyez là comme un phénomène météorologique, vous ne savez pas quand elle va tomber, alors ayez toujours sur vous des récipients pour la récolter… Un petit carnet, votre téléphone… ne laissez pas vos bonnes idées fuir, prenez des notes, même sur le papier les idées s’accouplent, la création est un mouvement infini.

9 Observez. L’imagination ne tourne pas à vide, elle se nourrit du réel. Pratiquez toujours cette écoute active du monde, observez en silence, restez vigilant à l’inframonde, à ses multiples représentations ; croquez les gens, les lieux, n’hésitez pas à faire des portraits, des courtes descriptions de ce que vous observez. Vous ne savez pas de quoi seront faits vos prochains romans, restez curieux, apprenez encore et encore.

10 Épurez. Revenez sur vos textes sans cesse, on peut toujours tailler dans le gras. N’ayez pas peur de faire court, la littérature ne se mesure pas en kilos, sortez de l’angoisse des chiffres. Nombre de mots, de pages… la bonne longueur d’un roman c’est quand l’auteur a réussi à exprimer tout ce qu’il voulait dire. Laissez reposer un peu et éliminez les grumeaux, un bon texte confine à l’épure. Il ne doit y rester que l’essentiel…


J'espère que ces conseils pourront vous être utiles et vous aidez dans la course de votre premier roman. Néanmoins, gardez en tête qu’il n’existe pas de recettes miracles, est-ce que finalement l’écriture n’emprunte pas davantage à l’art culinaire, ainsi ce n’est pas tant la recette qui est importante, mais la passion et les qualités du chef... À vos marques, prêt, go !

Accueil ← Billets plus anciens
J'aimerais recevoir 4 textes (nouvelles, .pdf) GRATUITEMENT signés Junain Lavillet