Littéraire pour quoi faire ? Blog littéraire et alors ? (par Junain Lavillet)

Devenir un auteur-entrepreneur (1ère partie)

undefined

J'entame une nouvelle rubrique et j'y ajoute d'entrée une confession de circonstances: je ne suis pas un "auteur-entrepreneur" (les Américains disent authorpreneur, j'ai bien tenté le auteurpreneur, mais ça ne sonnait pas si bien...). C'est dit.
J'ai une vision assez romanesque de l'écriture, un rapport romantique aux livres qui me renvoie toujours à quelques images poétiques, des clichés un peu moisis que j'adore; j'écris des livres, je me préoccupe assez peu de les vendre... C'est beau, c'est noble, ce serait tout à fait acceptable si dans mon rêve d'écriture, je n'avais pas enchâssé l'idée saugrenue d'en faire un jour mon métier...


Vendre des livres. Il serait temps d'y penser. Ce ne serait pas idiot, ne serait-ce que pour combler le déficit abyssal créé après 10 années de recherches pour se faire publier. Il me fallait une imprimante qui envoie du papier-minute, je n’avais pas de relieuse (et je trouve ça tellement chic les fournitures de bureau...) puis, il faut bien l'avouer, j'avais besoin de babioles à poser chez moi, pour que le visiteur puisse facilement identifier quel est mon rêve et ma quête d'une vie (j'ai enfin trouvé mon Underwood qui a 3 fois mon âge ! )...


De ce point de vue-là, je suis le hippie des lettres, plusieurs lignes accrochées à mes tripes, j'attends allongé sur l'herbe que quelques lecteurs (nécessairement avisés), veuillent bien me lire, je paresse, je suis nonchalant, j'aime les livres, les écrire, les vivre, être un auteur, quoi d'autre ?


Soyons honnêtes, même si je l'ai cru, je n'ai jamais entrepris grand-chose pour obtenir plus de lecteurs, faire plus de ventes, je ne suis pas l'ami du signe plus... C'est normal, la littérature, c'est pour moi l'antithèse des maths (je déteste les maths), je me méfie des chiffres et des calculs quels qu’ils soient. Je suis un sensitif, un sensible, un naïf, je crois à des choses amusantes: la chance, le destin, le talent... L'auteur-rêveur que je suis, doit se réveiller, si le réveil est difficile je n'aurais qu'à lui rappeler qu'en plus de 10 ans, il n'a gagné que quelques dizaines euros... de ma place au soleil, je n’en connais pas un rayon donc...


Pour bien faire, il faudrait consacrer autant de temps à écrire un livre qu'à le vendre, dit-on. Mon dernier livre, la revanche des timides m'a pris environ 3 mois... c'est donc le temps que je vais consacrer à compter d'aujourd'hui à la vente de ce livre... Une expérience que je ne manquerai pas de vous faire partager... après tout, il existe peut-être d'autres écrivains-rêveurs...
Si cela fonctionne, chiffres à l'appui, mon témoignage sera d'autant plus utile qu'il sera probant, car je suis et resterais un auteur-rêveur... D'ailleurs, je ne manquerais pas de vous vendre un prochain livre "Itinéraire d'un écrivain-rêveur devenu écrivain-entrepreneur", j’aurais alors tout compris, peut-être...

À bientôt

 

Écrire, c'est comme courir un marathon


10 conseils pratiques pour devenir un écrivain demain dans le contexte d'aujourd'hui...

 

undefined


L'écriture est un art qui reste auréolé d'un certain prestige, il fascine encore, chose étonnante dans un pays qui comptera bientôt autant d'auteurs que de lecteurs... Il existe un mythe de l'écrivain, qui traite du génie, de personnalités d'exception, d’êtres solitaires en proie aux tourments de la créativité... C'est plaisant, romantique à souhait, suranné, charmant, mais évidemment plein de clichés et de fausses vérités dangereuses pour l'aspirant écrivain ...
Lorsqu'on parle d'écriture, ou de talent artistique de façon générale, la question de l'innée et de l'acquis ressurgit de son placard ancestral... Peut-on écrire sans un don congénital, des aptitudes secrètes, des prédispositions particulières ? Non, répondront certains, et de fait, ils étoufferont leurs moindres velléités d'écriture, effrayés par une seule idée, timorés, complexés, pensant manquer de ceci ou de cela pour rejoindre la caste décrite comme remarquable des teneurs de plumes. .. Si peu confiants, que leur supposé 1er échec, les convainc définitivement qu'écrire ce n'est pas pour eux; ils racontent penauds leur piteuse rencontre face à une demi-page, refusant obstinément de se remplir et croit que c’est là son éternelle caractéristique…
C'est mal s'y prendre. Soyez rassurés, écrire, cela s'apprend, c'est un entraînement comme un autre... Je ne suis jamais à l'aise dans la posture facile et flatteuse de bon conseiller, je n'ai aucune légitimité en tant qu’auteur, mais de l’expérience, j'écris depuis longtemps déjà (plus de 10 ans), des romans (j’en ai une dizaine derrière mois et autant devant) , c’est cette longue expérience que je veux partager avec vous, si aujourd’hui vous décidez d’écrire votre premier livre enfin. Moi qui ai pratiqué la course de fond pendant des années, j’aime établir cet étrange parallèle : écrire un roman c'est comme un courir un marathon.... Dans cet article nous ne parlerons pas des qualités de ce premier roman ni de son style, ce qui reviendrait à croire que de bonnes chaussures suffisent à passer la ligne d’arrivée… Non, il ne sera question que d’oser oser, de se préparer à l’écriture comme on se prépare à une course de fond, aller jusqu’au bout au travers de 10 conseils pratiques d’un écrivain marathonien.

« Pour bien écrire, il faut avoir beaucoup lu »


1 Lisez.
Un lieu commun qu'il ne faut pas arrêter de marteler : pour bien écrire, il faut avoir beaucoup lu. Être à l'aise avec les mots, s’être constitué une armée de réservistes, un vivier dans lequel piocher, notre cuisine personnelle, là où nos meilleures idées vont mariner à feu doux... Lire, en écriture, c'est avant tout bien s'alimenter, avoir un mode de vie littéraire sain.

2 Commencez petit. Cela peut paraître évident, mais on ne se lance pas tête baissée dans un roman-fleuve, ou une épopée romanesque en 10 volumes dès la première tentative… pas plus qu’on part sur 40 kms la première fois qu’on enfile ses chaussures de running ! Ce serait la meilleure façon de se décourager, de se casser les dents... L’écriture est un travail d’endurance, il faut bosser son souffle. Pour commencer, privilégiez les histoires courtes, les nouvelles, créez votre terrain de jeu délimité, votre bac à sable, lieu d’expérimentations où vous commencerez à installer une version miniature de votre univers, ses mots et ses thèmes chéris…

3 Choisissez vos moments. L'écriture est un exercice solitaire qui demande rigueur et concentration des qualités pas toujours compatibles avec un emploi du temps tumultueux (travail, famille...) Il s’agit de trouver le moment le plus adapté et de mettre en places de petits rituels qui constitueront des accroches solides le jour où la motivation manquera. Le calme du crépuscule, l’agitation d’un café, une tasse de thé à la main, la présence rassurante des livres, la bibliothèque, ou le sous-sol… c’est à vous de choisir là où vous vous sentirez le plus à l’aise pour écrire… Le bon moment, le bon lieu, c’est ce qu’on appelle le bon équipement en course à pied.

4 Persévérez. Écrivez et forcez le naturel. Pas d’envie, fatigué et peu motivé ? Allez-y quand même ! Vous risquez d’être étonné. En course, comme en écriture, seul le premier pas coute… prendre la plume, enfiler ses chaussures, les actes préparatoires créent la motivation. Il faut installer de ces cercles vertueux dont les effets dépassent les premiers apports. La créativité à des itinéraires surprenants, crée sans considération d’aucune sorte, on croit n’avoir rien à écrire, que c’est mauvais, aux innocents les pages pleines, il faut croire... Il est important de se fixer des séances d’écriture surtout au début de votre projet. 2h le samedi matin, deux fois la semaine en soirée ? Le rythme importe peu, c’est la régularité qui prime. D’abord, on se contraint, avant que cela devienne un automatisme et que seule la joie d’écrire nous porte, musclé aux mots, gonflé à la créativité. L’écriture aussi apporte son lot d’endorphine, de chimie portative qui fait qu’on reviendra à son bureau jour après jour.
5 Fixez-vous des objectifs. Posez-vous les bonnes questions d’emblée. Pour qui ? Pour quoi ? Écrivez-vous pour le plaisir, pour devenir écrivain, pour vous, les autres ? Il y a une tendance naturelle à vouloir viser une publication à compte d’éditeur, c’est normal, c’est le sas élite, la L1… les musiciens amateurs rêvent d’un concert et de premières parties prestigieuses, un joggeur régulier, de franchir la ligne d’arrivée de sa première course officielle…. Avoir un objectif, c’est sain, cela entretient la motivation, mais faites en sorte que celui-ci soit raisonnable. Il faut le diviser en étapes. Rappelez-vous, un marathon, ce sont des ravitaillements : 5, 15, 20, 30 kms, prenez des forces à chaque palier, savourez, soufflez, repartez de plus belle !


« Dans l’écriture, il existe une charge narcissique liée à l’activité quasi démiurgique d’être auteur»

6 Dominez-vous. Les grands sportifs vous le diront, à un certain niveau, le physique vaut tout autant que le mental. L’ennemi de l’auteur, c’est son ego, c’est contre lui qu’il faudra souvent lutter pour en contrecarrer les illusions. Car dans l’écriture, il existe une charge narcissique liée à l’activité quasi démiurgique d’être auteur. Il faudra accepter que votre travail si personnel, dans lequel vous vous êtes tant investi personnellement avec vos émotions et vos tripes, puisse être critiqué, et ce négativement. Ne croyez pas que vous aurez que des commentaires positifs ! Remballez donc votre ego, pour pouvoir accueillir sereinement les critiques, le point de vue de l’autre est important par sa différence et doit permettre de contrebalancer notre aveuglement égotiste. À un certain point, l’autre devient plus lucide sur le travail que l’on a fourni... Attention, également aux scories des premiers romans, les jeunes auteurs ont leurs travers, encore une fois c’est quelque chose de l’ordre de l’amour propre qui s’exprime : ils se croient exceptionnels, veulent se raconter, montrer leurs talents au monde…et se prennent bien souvent les pieds dans le tapis : des mots trop zélés, un style scolaire et boursouflé de premier de la classe qui veut se faire mousser , un roman en forme d’exutoire qui sent la biographie mal déguisée et qui n’offre pas la juste distance et une place… pour le lecteur . L’écriture doit se faire sans hargne, ni contre le monde, mais toujours avec la sérénité d’un maitre Zen.

7 Restez lucide. Vous voulez devenir écrivain ? Cela vous fait rêver et tant mieux. C’est noble. Trop de rêves aujourd’hui puent la médiocrité, pullulent d’images criardes et de plaisirs creux. Mais le rêve d’écriture doit être débarrassé de ses oripeaux romantiques pour pénétrer le réel. Il ne suffit pas de savoir écrire, d’avoir du talent, pensez à tout ce que l’écriture n’est pas. La littérature est devenue un business comme un autre, c’est un marché, où l’offre égale la demande. Être un artiste ne suffit plus, les ailes des poètes se font couper, raccourcir, l’atmosphère est plombée de basses contingences matérielles, on ne vole plus si haut, le monde matériel à de tristes préoccupations, concrètes, viles, prosaïques, mais nécessaires… Il faudra vendre, faire de la communication, du chiffre, du marketing, promouvoir, s'exhiber... oui, être écrivain c’est un métier et non un rêve.

8 Notez tout. Ne croyez pas que l’inspiration débarquera sous prétexte que vous l’attendez bien sagement dans une niche que vous avez conçue à son attention. Elle est imprévisible, voyez là comme un phénomène météorologique, vous ne savez pas quand elle va tomber, alors ayez toujours sur vous des récipients pour la récolter… Un petit carnet, votre téléphone… ne laissez pas vos bonnes idées fuir, prenez des notes, même sur le papier les idées s’accouplent, la création est un mouvement infini.

9 Observez. L’imagination ne tourne pas à vide, elle se nourrit du réel. Pratiquez toujours cette écoute active du monde, observez en silence, restez vigilant à l’inframonde, à ses multiples représentations ; croquez les gens, les lieux, n’hésitez pas à faire des portraits, des courtes descriptions de ce que vous observez. Vous ne savez pas de quoi seront faits vos prochains romans, restez curieux, apprenez encore et encore.

10 Épurez. Revenez sur vos textes sans cesse, on peut toujours tailler dans le gras. N’ayez pas peur de faire court, la littérature ne se mesure pas en kilos, sortez de l’angoisse des chiffres. Nombre de mots, de pages… la bonne longueur d’un roman c’est quand l’auteur a réussi à exprimer tout ce qu’il voulait dire. Laissez reposer un peu et éliminez les grumeaux, un bon texte confine à l’épure. Il ne doit y rester que l’essentiel…


J'espère que ces conseils pourront vous être utiles et vous aidez dans la course de votre premier roman. Néanmoins, gardez en tête qu’il n’existe pas de recettes miracles, est-ce que finalement l’écriture n’emprunte pas davantage à l’art culinaire, ainsi ce n’est pas tant la recette qui est importante, mais la passion et les qualités du chef... À vos marques, prêt, go !

Concours Amazon du développement personnel

Amazon vient de lancer pour la 3e année consécutive son concours d'écriture (https://www.amazon.fr/b?ie=UTF8&node=16090392031)... Cette année, thème imposé autour du développement personnel :-) Venez découvrir ma contribution au travers de mon nouveau roman La Revanche des timides...

undefined


https://www.amazon.fr/revanche-timides-Junain-Lavillet-ebook/dp/B07NHRG2HT

Piques, vacheries, saillies et autres traits d’esprit

undefined

Depuis que l'homme a découvert le pouvoir des mots, il en use et en abuse et parmi la pléthore de vocables il y a les 'bons mots', ceux qu'on lance la mine joyeuse à la tête de nos amis (et parfois de nos ennemis). Il y a clairement quelque chose de festif et de réjouissant à cela. Néanmoins, oui nos piques, vacheries, saillies, ne sont pas nécessairement bien intentionnées, mais sont-elles pour autant méchantes ? Je ne le crois pas, elles comportent trop d'atours particuliers visant à charmer pour être perçues comme pure malignité l'humour et la finesse font partie de ces qualités qui ne trompent pas.
Le côté spontané d'une bonne réplique lui ôte toute préméditation qui aurait pu constituer pour elle une circonstance aggravante. Le mot d'esprit arrive toujours à temps : trop tôt il aura été forgé par la rancœur et quittera nos bouches tout englué de bile, trop tard il n'amusera que les escaliers et les arrière-cours désertes. Le mot qui fait mouche tombe juste et éblouit, arrivé à la fin d'une phrase ou seul, c'est la pointe assassine pareille aux anciennes épigrammes qui sonnent le K.O. verbal.


  Il y a en France une longue tradition du trait mordant et satirique et il a bénéficié des meilleurs patronages quand des adversaires de même trempe s'affrontent, cela peut donner des échanges savoureux, car le mot d’esprit sert d'étalon pour l'intelligence, les meilleures formules, vont aux esprits les plus brillants, ceux qui ont longtemps affûté leurs mots.
Ces mots-là sont bel et bien la marque de l'esprit plus qu'une trace ils en sont l'émanation première. Une boutade bien ajustée, c'est l'esprit qui s'amuse, s'ébroue, son plaisir, son jeu, sa distraction, la flammèche échappée d’un cerveau toujours bouillonnant.

  Celui qui fait l’objet de ces bons mots ne s'y trompe pas d'ailleurs, il est eu, mais à la manière dont les prestidigitateurs nous mystifient, on l'a pris par la main pour jouer dans un spectacle qui se joue à plusieurs, mais lui aussi en sort transporté. Rapidité du jeu, surprise, pointe qui décoiffe, on peut aussi prendre plaisir à être ainsi moqué, l’esprit plait à l’esprit, les esprits fins se reconnaissent se mesurent et s’admirent. Qu’on se le dise, l’intentionnalité qu’on donne à nos mots d’esprit ne doit jamais être mauvaise. L'esprit frappeur n’a pas d’ennemis ou il les a tous, le mot s’est échappé et on se damnerait finalement de ne pas l'avoir dit, c’est l’esprit qui parle si chatouilleux et glorieux.


  La méchanceté aux méchants donc, là où les snipers-blagueurs, ironiques-chroniques les taquins et autres esprits fins ne cherchent pas malice au bas mot à faire rire, mais surtout à faire gambader leur esprit de peur qu'il ne s’ennuie !

On achève bien les livres... mais pas tous !

undefined

 

  Si on aime les classements de type manichéen (et qu'on a un peu d'humour), on pourrait dire qu'il y a 2 types de livres : celui qu'on aime et celui qu'on n'aime pas... Un poncif en littérature veut qu'un auteur peine à parler des livres qu'il écrit; le lecteur serait-il un tant soit peu gêné lorsqu'il s'agit d'évoquer les livres qu'il aime ? On sait pourquoi on a aimé un livre, mais il parait tout de suite plus délicat de dégager parmi les livres qu'on aime des traits communs expliquant le pourquoi de notre engouement. Comment se peut-il qu'en quelques pages on soit pris, embarqué (vocabulaire qui souvent nie l’intentionnalité du lecteur, on y reviendra) dans une histoire, alors qu'un autre livre, durant le même laps de temps, provoquera gêne, inconfort et surtout ennui ? "Le style", entendrons-nous souvent, cet ensemble mal défini qui serait finalement une notion très proche de ce qu'on appelle le caractère chez l'homme. On serait donc sensible aux mots choisis par l'auteur, à leur densité, à la puissance évocatrice de ceux-ci et d'autres facteurs qui inscrivent l'œuvre dans un registre et une temporalité. Néanmoins on pardonne facilement les faiblesses du style si l'histoire proposée nous plait, peu importe les longueurs, la pauvreté du vocabulaire et le manque de visée littéraire, on suit l'auteur coûte que coûte dans l'univers qu'il nous propose... L’explication n’est donc pas suffisante.

  Je pense au contraire que chaque lecture crée un contrat entre un lecteur et un auteur: voilà ce en quoi je crois, dis-moi si tu es d'accord, dirait-il. Au lecteur le choix d'adhérer. Je vais te faire peur, voici ce qui m’effraie, et toi ? Je vais te faire voyager, t'exciter... D'une façon assez prosaïque, je crois que lorsqu'on aime un livre c'est peut-être simplement qu'on ressent quelques affinités particulières avec la personnalité de celui qui l'a écrit, ses idées. Serait-ce si étonnant de se découvrir des points communs avec les auteurs de nos livres préférés ? On se sent proche d'eux. On lit moins de classiques, leur style nous rebute, est-ce parce que les préoccupations, desiderata, des auteurs du 18e sont trop éloignées des nôtres ? Ils appartiennent à une époque lointaine et révolue et la littérature en fin de compte est ancrée dans son siècle et rassemble des contemporains qui se ressemblent.


  Aimer un livre, c'est quelque part aimer son auteur, et les mots ne sont jamais anodins, ils portent en leur coeur notre vision du monde, comment on perçoit le réel. Lire c'est le monologue d'un auteur durant lequel on confronte nos perceptions pour voir si elles s'accordent. Pourquoi l'ennui domine-t-il lorsqu'on n'aime pas un livre ? C'est que nos visions échouent à s'harmoniser et, selon les principes mathématiques, l'union de deux ensembles qui n'ont aucun élément en commun, c'est le vide, pas de caisse de résonnance en nous, on referme le livre. Du moins, c’est ce que je crois et si vous n'êtes pas d'accord vous pouvez user de votre droit de rétraction de lecteur avant la fin de l'histoire, la fin du contrat. Trop tard.

  

Le livre rêvé, le livre écrit: rêves, idées et créativité.

undefined

 Alors que j'ai lancé il y a peu l'idée d'un roman en continu, une fois de plus, je me suis aperçu que mon livre en cours d'écriture était déjà bien différent de ce que j'avais pu imaginer. C'est un fait indiscutable: le livre rêvé n'est pas le livre écrit.


Une bonne idée ne suffit pas à faire un bon roman

  Les livres ne s'écrivent pas d'une façon linéaire, c'est la nature même de la créativité qui veut ça, car cette dernière est plutôt du genre capricieux et indomptable. On raturera, reformulera, ajoutera ou retranchera, car c'est là la meilleure façon d'écrire un livre. Les idées au départ, aussi nombreuses soient-elles, lorsqu'elles échouent dans les filets de notre inspiration, sont de toute façon bien trop légères, en creux, donc insuffisantes pour peser sur la feuille. Pour cela, il faudra travailler, car le génie n'existe pas, seule une formidable force de travail permet de faire un livre.


  Des idées de roman naissent régulièrement dans la tête d'un auteur, il est même déconcertant parfois de constater avec quelle simplicité elles viennent nous titiller les neurones dans des situations où on ne les attend pas. Les idées nous sont données trop facilement, cela devrait nous inciter à davantage de méfiance et à réaliser que l'idée n'est en réalité que la partie congrue de la création. Avez-vous déjà connu cette sensation envahissante, presque douloureuse, de posséder une idée jugée parfaite, dont il faut à tout prix accoucher sous la forme d'une réalisation quelconque ? Une idée qui occupe tout l'espace dans votre tête au risque de vous saccager le cerveau comme un bébé obèse dans son parc minuscule ? Dans le domaine littéraire, il faut savoir se méfier de ce type d'idée, les écrivains contrairement aux artistes visuels, ne peuvent embrasser la totalité de leurs œuvres futures sous la forme d'un flash révélateur... L'idée d'un roman est nécessairement peu consistante, trompeuse même, comme un décor en papier mâché, elle dissimule beaucoup de vide à remplir. L'idée, c'est notre roman rêvé qu'on pense déjà lire alors qu'il n'existe pas, un peu à la manière de ces appartements de luxe dont les photos nous font rêver, on croit les habiter alors qu'ils ne sont pas encore sortis de terre....


  Pour apparaître dans notre monde, notre roman devra passer par ce brutal et bruyant accouchement qui n'est autre que l'incarnation de l'idée sur le papier. Une idée doit s'épaissir, prendre de la matière, puiser dans les ressources de l'auteur pour être exploitable, ce n'est que sous ces conditions qu'elle pourra être étirée, découpée, il faudra la travailler encore et encore et c'est peut-être bien plus de cent fois qu'il faille remettre sur le métier notre ouvrage.... La créativité bouillonne, chauffez les idées et il s'en dégage d'autres qui gagnent la surface sous la forme de petites bulles; les idées changent au plus chaud de ce processus créatif, les coups répétés à chaque ligne écrite donnent des formes nouvelles en fonction de l'habilité des forgerons créateurs que nous sommes. Les mauvaises idées ne résistent pas à ces manipulations vigoureuses, elles cassent sous la pression, trop fragiles et il faut alors faire confiance à la créativité qui est une divinité serviable et laissez s'opérer cette sélection naturelle: celles qui auront muté l'auront fait pour le meilleur, car chaque changement est nécessairement bénéfique, car la finalité même du changement et de viser un absolu de perfection. En bon serviteur, il faudra accepter les cadeaux des maîtres pour enfin bâtir les châteaux rêvés.


Un livre terminé n'est pas nécessairement un bon livre


  Un livre fini est toujours un objet de fierté pour son auteur. Si la recette a bien été appliquée, ce livre a déjà changé plusieurs fois de visage et on est tenté de le croire parfait, car enchâssé dans notre idée de l’achèvement se dissimule souvent l'idée de perfection, on croit à tort que de notre livre on ne pourra plus rien ajouter ou enlever. C'est une erreur, si le livre est terminé, immobile c'est que nous l'avons privé d’énergie en venant littéralement à bout de nos idées. Un autre aurait pu mieux faire, les idées offrent une manne inépuisable à qui sait extraire leur moelle si généreuse. Il n'y a pas à rougir, on finit un livre, comme on court un 10 kms ou un marathon et qu'importe la distance parcourue, cela n’enlève rien au travail accompli et s’entrainer c’est toujours vouloir se dépasser.


Le livre suivant n'est pas nécessairement le meilleur (mais il contribue à faire de nous un meilleur écrivain)


  Il est excitant d'écrire un livre, une pensée qui peut étonner ceux qui n'ont jamais été touchés par la grâce de la création, l'écriture offre des joies solitaires et secrètes, intellectuelles, qui n'ont rien à envier à celles qu'offrent le corps. Pris dans nos émotions exacerbées, cet emballement de l'exercice créatif, on rêve à voix haute : « ce livre sera meilleur que le précédent, dit-on plus souvent que cela n’est vrai et qu’importe. Notre enthousiasme nous rince de nos précédents échecs, il y a un plaisir autoentrenu qui est si grand qu’il ferait presque passer le livre écrit comme une conséquence secondaire et inattendue. Du moins, ce serait égoïste, pour les écrivains qui ne font jamais lire leurs livres, mais les écrivains cuisinent et la nourriture comme la littérature n’est jamais aussi bonne que quand elle est partagée. Les artistes sont les vrais alchimistes, ils détiennent les clés de la transmutation en faisant de leurs idées des œuvres. C'est magique et cette magie se nomme créativité.

Accueil ← Billets plus anciens
J'aimerais recevoir 4 textes (nouvelles, .pdf) GRATUITEMENT signés Junain Lavillet