Littéraire pour quoi faire ? Blog littéraire et alors ?

Piques, vacheries, saillies et autres traits d’esprit

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Depuis que l'homme a découvert le pouvoir des mots, il en use et en abuse et parmi la pléthore de vocables il y a les 'bons mots', ceux qu'on lance la mine joyeuse à la tête de nos amis (et parfois de nos ennemis). Il y a clairement quelque chose de festif et de réjouissant à cela. Néanmoins, oui nos piques, vacheries, saillies, ne sont pas nécessairement bien intentionnées, mais sont-elles pour autant méchantes ? Je ne le crois pas, elles comportent trop d'atours particuliers visant à charmer pour être perçues comme pure malignité l'humour et la finesse font partie de ces qualités qui ne trompent pas.
Le côté spontané d'une bonne réplique lui ôte toute préméditation qui aurait pu constituer pour elle une circonstance aggravante. Le mot d'esprit arrive toujours à temps : trop tôt il aura été forgé par la rancœur et quittera nos bouches tout englué de bile, trop tard il n'amusera que les escaliers et les arrière-cours désertes. Le mot qui fait mouche tombe juste et éblouit, arrivé à la fin d'une phrase ou seul, c'est la pointe assassine pareille aux anciennes épigrammes qui sonnent le K.O. verbal.


  Il y a en France une longue tradition du trait mordant et satirique et il a bénéficié des meilleurs patronages quand des adversaires de même trempe s'affrontent, cela peut donner des échanges savoureux, car le mot d’esprit sert d'étalon pour l'intelligence, les meilleures formules, vont aux esprits les plus brillants, ceux qui ont longtemps affûté leurs mots.
Ces mots-là sont bel et bien la marque de l'esprit plus qu'une trace ils en sont l'émanation première. Une boutade bien ajustée, c'est l'esprit qui s'amuse, s'ébroue, son plaisir, son jeu, sa distraction, la flammèche échappée d’un cerveau toujours bouillonnant.

  Celui qui fait l’objet de ces bons mots ne s'y trompe pas d'ailleurs, il est eu, mais à la manière dont les prestidigitateurs nous mystifient, on l'a pris par la main pour jouer dans un spectacle qui se joue à plusieurs, mais lui aussi en sort transporté. Rapidité du jeu, surprise, pointe qui décoiffe, on peut aussi prendre plaisir à être ainsi moqué, l’esprit plait à l’esprit, les esprits fins se reconnaissent se mesurent et s’admirent. Qu’on se le dise, l’intentionnalité qu’on donne à nos mots d’esprit ne doit jamais être mauvaise. L'esprit frappeur n’a pas d’ennemis ou il les a tous, le mot s’est échappé et on se damnerait finalement de ne pas l'avoir dit, c’est l’esprit qui parle si chatouilleux et glorieux.


  La méchanceté aux méchants donc, là où les snipers-blagueurs, ironiques-chroniques les taquins et autres esprits fins ne cherchent pas malice au bas mot à faire rire, mais surtout à faire gambader leur esprit de peur qu'il ne s’ennuie !

On achève bien les livres... mais pas tous !

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  Si on aime les classements de type manichéen (et qu'on a un peu d'humour), on pourrait dire qu'il y a 2 types de livres : celui qu'on aime et celui qu'on n'aime pas... Un poncif en littérature veut qu'un auteur peine à parler des livres qu'il écrit; le lecteur serait-il un tant soit peu gêné lorsqu'il s'agit d'évoquer les livres qu'il aime ? On sait pourquoi on a aimé un livre, mais il parait tout de suite plus délicat de dégager parmi les livres qu'on aime des traits communs expliquant le pourquoi de notre engouement. Comment se peut-il qu'en quelques pages on soit pris, embarqué (vocabulaire qui souvent nie l’intentionnalité du lecteur, on y reviendra) dans une histoire, alors qu'un autre livre, durant le même laps de temps, provoquera gêne, inconfort et surtout ennui ? "Le style", entendrons-nous souvent, cet ensemble mal défini qui serait finalement une notion très proche de ce qu'on appelle le caractère chez l'homme. On serait donc sensible aux mots choisis par l'auteur, à leur densité, à la puissance évocatrice de ceux-ci et d'autres facteurs qui inscrivent l'œuvre dans un registre et une temporalité. Néanmoins on pardonne facilement les faiblesses du style si l'histoire proposée nous plait, peu importe les longueurs, la pauvreté du vocabulaire et le manque de visée littéraire, on suit l'auteur coûte que coûte dans l'univers qu'il nous propose... L’explication n’est donc pas suffisante.

  Je pense au contraire que chaque lecture crée un contrat entre un lecteur et un auteur: voilà ce en quoi je crois, dis-moi si tu es d'accord, dirait-il. Au lecteur le choix d'adhérer. Je vais te faire peur, voici ce qui m’effraie, et toi ? Je vais te faire voyager, t'exciter... D'une façon assez prosaïque, je crois que lorsqu'on aime un livre c'est peut-être simplement qu'on ressent quelques affinités particulières avec la personnalité de celui qui l'a écrit, ses idées. Serait-ce si étonnant de se découvrir des points communs avec les auteurs de nos livres préférés ? On se sent proche d'eux. On lit moins de classiques, leur style nous rebute, est-ce parce que les préoccupations, desiderata, des auteurs du 18e sont trop éloignées des nôtres ? Ils appartiennent à une époque lointaine et révolue et la littérature en fin de compte est ancrée dans son siècle et rassemble des contemporains qui se ressemblent.


  Aimer un livre, c'est quelque part aimer son auteur, et les mots ne sont jamais anodins, ils portent en leur coeur notre vision du monde, comment on perçoit le réel. Lire c'est le monologue d'un auteur durant lequel on confronte nos perceptions pour voir si elles s'accordent. Pourquoi l'ennui domine-t-il lorsqu'on n'aime pas un livre ? C'est que nos visions échouent à s'harmoniser et, selon les principes mathématiques, l'union de deux ensembles qui n'ont aucun élément en commun, c'est le vide, pas de caisse de résonnance en nous, on referme le livre. Du moins, c’est ce que je crois et si vous n'êtes pas d'accord vous pouvez user de votre droit de rétraction de lecteur avant la fin de l'histoire, la fin du contrat. Trop tard.

  

Le livre rêvé, le livre écrit: rêves, idées et créativité.

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 Alors que j'ai lancé il y a peu l'idée d'un roman en continu, une fois de plus, je me suis aperçu que mon livre en cours d'écriture était déjà bien différent de ce que j'avais pu imaginer. C'est un fait indiscutable: le livre rêvé n'est pas le livre écrit.


Une bonne idée ne suffit pas à faire un bon roman

  Les livres ne s'écrivent pas d'une façon linéaire, c'est la nature même de la créativité qui veut ça, car cette dernière est plutôt du genre capricieux et indomptable. On raturera, reformulera, ajoutera ou retranchera, car c'est là la meilleure façon d'écrire un livre. Les idées au départ, aussi nombreuses soient-elles, lorsqu'elles échouent dans les filets de notre inspiration, sont de toute façon bien trop légères, en creux, donc insuffisantes pour peser sur la feuille. Pour cela, il faudra travailler, car le génie n'existe pas, seule une formidable force de travail permet de faire un livre.


  Des idées de roman naissent régulièrement dans la tête d'un auteur, il est même déconcertant parfois de constater avec quelle simplicité elles viennent nous titiller les neurones dans des situations où on ne les attend pas. Les idées nous sont données trop facilement, cela devrait nous inciter à davantage de méfiance et à réaliser que l'idée n'est en réalité que la partie congrue de la création. Avez-vous déjà connu cette sensation envahissante, presque douloureuse, de posséder une idée jugée parfaite, dont il faut à tout prix accoucher sous la forme d'une réalisation quelconque ? Une idée qui occupe tout l'espace dans votre tête au risque de vous saccager le cerveau comme un bébé obèse dans son parc minuscule ? Dans le domaine littéraire, il faut savoir se méfier de ce type d'idée, les écrivains contrairement aux artistes visuels, ne peuvent embrasser la totalité de leurs œuvres futures sous la forme d'un flash révélateur... L'idée d'un roman est nécessairement peu consistante, trompeuse même, comme un décor en papier mâché, elle dissimule beaucoup de vide à remplir. L'idée, c'est notre roman rêvé qu'on pense déjà lire alors qu'il n'existe pas, un peu à la manière de ces appartements de luxe dont les photos nous font rêver, on croit les habiter alors qu'ils ne sont pas encore sortis de terre....


  Pour apparaître dans notre monde, notre roman devra passer par ce brutal et bruyant accouchement qui n'est autre que l'incarnation de l'idée sur le papier. Une idée doit s'épaissir, prendre de la matière, puiser dans les ressources de l'auteur pour être exploitable, ce n'est que sous ces conditions qu'elle pourra être étirée, découpée, il faudra la travailler encore et encore et c'est peut-être bien plus de cent fois qu'il faille remettre sur le métier notre ouvrage.... La créativité bouillonne, chauffez les idées et il s'en dégage d'autres qui gagnent la surface sous la forme de petites bulles; les idées changent au plus chaud de ce processus créatif, les coups répétés à chaque ligne écrite donnent des formes nouvelles en fonction de l'habilité des forgerons créateurs que nous sommes. Les mauvaises idées ne résistent pas à ces manipulations vigoureuses, elles cassent sous la pression, trop fragiles et il faut alors faire confiance à la créativité qui est une divinité serviable et laissez s'opérer cette sélection naturelle: celles qui auront muté l'auront fait pour le meilleur, car chaque changement est nécessairement bénéfique, car la finalité même du changement et de viser un absolu de perfection. En bon serviteur, il faudra accepter les cadeaux des maîtres pour enfin bâtir les châteaux rêvés.


Un livre terminé n'est pas nécessairement un bon livre


  Un livre fini est toujours un objet de fierté pour son auteur. Si la recette a bien été appliquée, ce livre a déjà changé plusieurs fois de visage et on est tenté de le croire parfait, car enchâssé dans notre idée de l’achèvement se dissimule souvent l'idée de perfection, on croit à tort que de notre livre on ne pourra plus rien ajouter ou enlever. C'est une erreur, si le livre est terminé, immobile c'est que nous l'avons privé d’énergie en venant littéralement à bout de nos idées. Un autre aurait pu mieux faire, les idées offrent une manne inépuisable à qui sait extraire leur moelle si généreuse. Il n'y a pas à rougir, on finit un livre, comme on court un 10 kms ou un marathon et qu'importe la distance parcourue, cela n’enlève rien au travail accompli et s’entrainer c’est toujours vouloir se dépasser.


Le livre suivant n'est pas nécessairement le meilleur (mais il contribue à faire de nous un meilleur écrivain)


  Il est excitant d'écrire un livre, une pensée qui peut étonner ceux qui n'ont jamais été touchés par la grâce de la création, l'écriture offre des joies solitaires et secrètes, intellectuelles, qui n'ont rien à envier à celles qu'offrent le corps. Pris dans nos émotions exacerbées, cet emballement de l'exercice créatif, on rêve à voix haute : « ce livre sera meilleur que le précédent, dit-on plus souvent que cela n’est vrai et qu’importe. Notre enthousiasme nous rince de nos précédents échecs, il y a un plaisir autoentrenu qui est si grand qu’il ferait presque passer le livre écrit comme une conséquence secondaire et inattendue. Du moins, ce serait égoïste, pour les écrivains qui ne font jamais lire leurs livres, mais les écrivains cuisinent et la nourriture comme la littérature n’est jamais aussi bonne que quand elle est partagée. Les artistes sont les vrais alchimistes, ils détiennent les clés de la transmutation en faisant de leurs idées des œuvres. C'est magique et cette magie se nomme créativité.

Au fait, on lit quoi avant de mourir ? (mes 50 classiques préférés)

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Vous êtes du genre à être tenté par les défis de type existentiel. Et si durant ma vie je voyageais dans chaque pays, que je sautais en parachute, en élastique, que je parvenais à gravir l’Everest, que je lisais mille livres, etc. Je vous comprends, le temps fuit et l'on est tenté de se gaver de tout lors de notre court voyage ici-bas. Cela fait un peu touriste, mais c’est comme ça.

En matière de littérature, qu’est-ce qu’on lit avant de mourir ? Vaste question, après tout ce ne sont pas les bons romans qui manquent. Ce ne serait pas illogique que de commencer par le meilleur, notre temps est compté, alors au ’revoir, romans de gare, romances, écrivaillons et autres plumitifs , on veut du lourd ! Notre regard va se tourner naturellement vers les « classiques » ces bons romans qui comme les neiges éternelles vivent depuis des décennies au sommet du monde littéraire.
J’aurais tendance à m’y fier, ils ont subsisté dans la mémoire collective, nombreux sont les spécialistes qui sont encore prêts à les défendre, c'est un gage de qualité suffisant pour ce qui me concerne. Reste à déterminer, comment parvient-on à pénétrer au sein de ce club de vieux messieurs distingués ? Qu’est-ce qui fait un roman classique ? Le temps ? L’engouement du public ? Heureusement que non, sinon je plains les élèves du futur lorsqu’ils étudieront la littérature du 21e siècle… Il y a un peu de hasard, c’est sûr, la postérité est capricieuse, mais notons tout de même quelques éléments récurrents qui participent à l’élection d’une œuvre ou d’un auteur dans le panthéon de la littérature : son contexte historique, le scandale qui lui est lié, l’avant-garde (du style, des idées, du genre)… Après c’est le gout d’une époque qui s’exprime et il n’y a rien de plus changeant.
On pourrait discuter pendant des heures d’un classement des plus grandes œuvres classiques, mais d’une façon plus juste on ferait mieux de s’accorder une fois pour toutes sur le fait qu’il y a autant de classements possibles que de personnes. Une fois n’est pas coutume, je vais vous livrer le mien, mes 50 livres classiques préférés sans ordre de préférence. Ce serait docte de dire qu’il faudrait absolument les lire avant de mourir, mais plus simplement je vous invite à en lire quelques-uns si un jour vous en éprouvez la curiosité.

1-10
Le monde de Sophie - Jostein Gaarder
Le parfum - Suskind
Si c'est un homme - Primo Levi
Le nom de la rose - Umberto Eco
Cent ans de solitude - Gabriel Garcia Marquez
Bel Ami - Maupassant
La Nausée - Sartre
L'Alchimiste - Paulo Coelho
1984 - Orwell
L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde - R.L. Stevenson

11-20
Le chat noir (et autres nouvelles) - E. A Poe
Frankenstein - Mary Shelley
Le journal d'Anne Franck
Les souffrances du jeune Werther - Goethe
Vendredi ou les Limbes du Pacifique - Michel Tournier
Le monde selon Garp - John Irving
Les raisins de la colère - John Steinbeck
Le meilleur des mondes - Aldous Huxley
Carrie - Stephen King
Crime et Châtiment - Fiodor Dostoïevski

21-30
Le petit prince - Saint Exupery
Le Comte de Monte-Cristo - A. Dumas
Les 10 petits nègres - Agatha Christie
L'attrape-coeur - Boris Vian
Les lettres de mon moulin - A. Daudet
Les liaisons dangereuses - Pierre Choderlos de Laclos
La conjuration des imbéciles - John Kennedy Toole
La Peau de chagrin - Balzac
Germinal - Zola
Croc Blanc - Jack London

31-40
Candide - Voltaire
Le Portrait de Dorian Gray - Oscar Wilde
L'herbe bleue
Fahrenheit 451 - Ray bradbury
Sa Majesté des mouches - William Golding
Pour qui sonne le glas - Hemingway
Le Dernier Jour d'un condamné - Hugo
Le K et autres nouvelles - Dino Buzzati
La Métamorphose - Kafka
Raymond Quenau - Zazie dans le métro

41-50
Pantagruel/ Garguanta - Rabelais
Le diable au corps - R. Radiguet
Sur la route - Jack Kerouac
Belle de jour - Kessel
Le Rouge et le Noir - Stendhal
Madame Bovary - Flaubert
L'Iliade et l'Odyssée - Homère
La philosophie dans le boudoir - Sade
Lolita - Nabokov
Voyage au bout de la nuit – Céline

Autoédition mythe et réalité

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  S'il y a bien un rêve qui est le mieux partagé parmi les auteurs, c'est bien celui d'une première publication. Rien d’incroyable a priori, écrire demande un temps considérable et cela fait naitre un besoin presque naturel de reconnaissance. Sans Personne pour nous lire, le temps passé à l'ouvrage ne serait que du temps perdu. Voilà bien souvent ce qui nous pousse à vouloir publier ; on recherche un public capable de reconnaitre notre talent (autre que nos proches bien souvent complaisants). Il en va de même pour l'apprenti guitariste qui va vouloir se prouver sur sa première scène qu'il a l'étoffe de devenir une vraie rockstar…

  Ce n’est pas anodin que d’envisager une publication de son œuvre, cela signifie qu’un cheminement de pensée s'est opéré, dorénavant nous sommes prêts à nous exposer et cela parce que l’on s’est forgé une confiance suffisante dans la qualité de nos textes.

  Sauf à de rares exceptions, l'autoédition n'est pas envisagée en premier lieu lorsqu’on cherche à se faire publier; généralement, elle intervient bien plus tard, car c’est le propre des rêves que de voir grand. C'est donc dans la forme d'édition la plus racée que l’on placera nos premiers espoirs: l’édition à compte d'éditeur.

  Malheureusement, les premiers retours riment bien souvent avec premiers bleus à l’égo : lettres types de refus, critiques acerbes ou silences infinis, c’est la douche froide ; une pluie fine qui tombe sur le monde de l’auteur naïf qui croyait que les majors de l’édition rêvaient de lui autant qu’il pouvait rêver d’elles. C’est ignorer pour grande part les contraintes qui pèsent sur ce milieu aujourd’hui ; malheureusement, les maisons d’édition sont devenues des entreprises comme les autres, c’est le profit qu’elles recherchent et elles n’ont que faire de petits scribouillards rêveurs qui ne peuvent rapporter gros.

  C’est un moment difficile pour l’auteur, pétri de doutes et en pleine remise en questions, il peut être une proie facile. Dans le grand bassin de l’édition, parmi les grosses baleines, rôdent également d’habiles requins. En ouvrant notre magazine préféré, un encart publicitaire nous saute aux yeux. Se faire publier, serait-ce encore possible ? L’espoir renait. Oui, c’est possible, mais nous devrons payer pour cela. C’est connu, le client est roi et qui oserait mécontenter un monarque en lui disant que sa prose refoule. Les maisons d’édition à compte d’auteur, acceptent tout le monde (surtout les auteurs qui croient un peu trop en leur talent). Nos amis anglais qualifient ce format-là d’édition de « vanity press », cela en dit long sur les motivations qui poussent certains auteurs à vouloir mettre un nom sur un fichu bouquin.

  Ce que nous avons vu pourrait être le parcours classique qui mène à l’autoédition. Nous y sommes à présent, quelques clics suffisent, on charge notre texte, notre maquette et nous voilà sur les plus grandes plateformes des vendeurs de livres sur internet ! De nouveau on s’emballe, sommes-nous enfin aux portes de ce succès tant espéré ? On surveille avec une certaine anxiété nos statistiques, on estime qu’un premier roman doit se vendre aux alentours de 2000 exemplaires papier pour être qualifié de succès aujourd’hui, un chiffre qui monte aux alentours de 8000 pour les livres numériques , alors on attend.

  Un an a passé et notre courbe ressemble à celle d’une personne en arrêt cardio-respiratoire et nous comptabilisons autant de livres achetés qu’il existe d’auteurs pouvant se vanter de vivre de leurs livres autoédités. Nos rares ventes passent pour des erreurs (nous notons que nous n’avons jamais autant vendu que le jour où nous avons fait bénéficier notre livre d’une promotion « livre gratuit ») et une fois notre livre si précieux (à nos yeux du moins, car il s’affiche à 2 euros sur le site) a fait l’objet d’une demande de remboursement d’un lecteur indélicat... Bref, notre moral est au top. C’est un échec et nous ne l’avons même pas vu venir. Cela a été ma situation et n’y voyez aucune méchanceté de ma part, cela risque fortement de devenir la vôtre si vous choisissez de vous lancer dans cette aventure. C’est une simple question de statistiques et les chiffres sont éloquents, toujours la même ritournelle, pour les quelques élus combien ont postulés ? Mais surtout, pour nous qui sommes profondément attachés au sens de la justice, les gagnants sont-ils les plus méritants ?

  Nous avons tous en tête une success-story et pour le petit nombre qu’elles représentent, on pourrait trouver ça plutôt paradoxal. Mais si on y réfléchit davantage, il semble pourtant logique que les acteurs du livre numérique fassent en sorte que ces phénomènes soient le plus médiatisés possible, car après tout cela vient servir les intérêts de leur business. Il n’y a que les histoires des recalés, des refusés, poissards et autres perdants qui ne sont pas dignes d’intérêt et pourtant. Permettez-moi de monter à la tribune et de m’exprimer au nom de tous mes frères de la loose. Nos échecs sont bien plus intéressants qu’il n’y parait en réalité. Si vous envisagiez d’arrêter votre course à la publication, épuisé et maintenant convaincu de votre absence de talent, il est encore temps de suspendre votre geste. Si tous les auteurs recalés l’étaient pour leur prose médiocre, le monde de l’édition se porterait au mieux.

  En voyant mon livre sur la Fnac ou Amazon, j’ai ressenti une fierté stupide comme si en trois clics et en créant un PDF j’avais déjà accompli quelque chose de grand. Le challenge de l’autoédition n’est pas contenu dans son nom, car il ne s’agira plus de se faire éditer, mais bel et bien d’être lu. Sauf à bénéficier d’une campagne publicitaire de masse, il y a de fortes chances que votre livre demeure perdu parmi un million d’autres plus en vue. Impossible d’avoir un avis sur une œuvre faute de l’avoir lue ! Les combats aussi peuvent cesser faute d’avoir commencé. En vérité, plus que des cours de littérature, vous feriez mieux de prendre des cours de marketing et c’est d’autant plus vrai dans le monde de l’autoédition où l’on fonce bille en tête en négligeant des aspects de notre livre qui ont aussi leur importance, ceux que les grandes maisons d’édition maitrisent si bien (distribution, publicité…).

  Je reste persuadé que si on décidait de se pencher sur ces succès qui nous ont fait rêver, on découvrait quelques petits secrets bien dissimulés , quelques éminences grises par exemple, cachées derrière ces auteurs qui passent pour tout à fait amateurs. Des agents, car cela existe aussi ou de petites mains habiles capables de faire exister leur livres en les tirant de la masse des autres. Mais vous, moi, qui sommes sans nom, sans réseaux et qui n’écrivons ni des romances ni des thrillers (le genre préféré des Français) que nous reste-t-il (hormis d’écrire nos états d’âme sur nos blogs j’entends) ?
Nous ne sommes maintenant plus si loin de cette vision du monde l’édition qu’on aime parfois critiquer. Foutu romantique que nous sommes, l’autoédition qui incarnait notre revanche, celle des petits face aux puissants, qui avait ses vertus de redresseur de torts recule d’un pas et quitte le piédestal sur lequel on l’avait placée…

  Il y a erreur sur la personne, c’est que nous avons envisagé l’autoédition d’une bien mauvaise façon. Elle ne peut être qu’un moyen et non une fin comme nous l’avons espéré. Sinon quoi, qu’espérer après elle, vendre à la sauvette nos livres en bas de nos immeubles ? Une fois n’est pas coutume, soyons plus pragmatiques et constatons seulement qu’elle permet de diffuser facilement nos œuvres en les sublimant, quoi de plus agréable pour nos pages imprimées de finir dans un livre, cet objet qui sied si bien à la lecture…

  Le succès ou autre chose, qu’importe le moteur de notre créativité. Moi, qui suis un auteur comme les autres je rêve encore à ma première publication.

J'aime pas lire

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  Le fait d'écrire sur un blog à visée littéraire laisse présumer sur le caractère des personnes susceptibles de me lire. Je ne pense pas que j'ai à vous convaincre de l'utilité de la lecture, c’est plutôt à ceux qui n'ont jamais eu l'envie d’ouvrir un livre de leur vie que j’ai envie de m’adresser, c’est louable, mais plutôt paradoxal quand on y pense… Ce sera donc aux fervents lecteurs de faire preuve pour une fois d’un prosélytisme qui ne serait pas douteux. Si la lecture est une religion, pourquoi ne pas s’amuser à en être ses dévoués apôtres ?

  Je crois qu'on est tous tombés un jour sur cette personne nous disant ne pas aimer lire. Personnellement, c’est quelque chose qui me laisse perplexe, c'est une idée que je ne comprends tout simplement pas. Comment peut-on tirer un trait grossier sur quelque chose qui s'exprime avec tant de diversité ? Restons sérieux, même les gens qui n’aiment pas le fromage, on arrive bien à leur faire manger du Babybel... Pour moi, il n’existe pas de non-lecteurs absolus, une personne qui ne lit pas, c'est juste un lecteur qui se cherche encore.

  Il semble que l’argument phare des réfractaires à la lecture soit le manque de temps. Argument plutôt contestable en vérité, je ne pense pas qu’avec un peu de temps en plus nous serions tous les yeux rivés sur des bouquins. Cela ressemble à une excuse qui permet en douceur d’esquiver les questions qui fâchent, car il y en a pour qui la lecture sera facile et d’autres pour qui elle prendra la forme d’une gageure, essayons de comprendre pourquoi.

  Lire cela s’apprend et plus encore qu’on ne le croit.  Un lecteur ça s’éduque et même (sans mauvais jeu de mots ou presque) ça se cultive ! Nous n’avons pas tous eu la chance d'évoluer dans un milieu qui nous aurait poussés vers les livres. Toutefois, ne soyons pas fatalistes, aujourd’hui il est tout à fait possible de dépasser les inégalités de la loterie initiale, pour certains ce sera dur ce qui ne veut pas dire que cela sera impossible et ceux qui se cachent derrière une vision déterministe sont les vrais paresseux de l’histoire.

  Aussi, on peut se demander si parfois ce n’est pas l'image même du livre qui pose problème. On le dit ringard et un peu trop sage. Il est vrai qu’il y a des loisirs plus fun, mais ne croyons pas que la lecture est une secte et qu’elle exige de nous un engagement et une exclusivité totale. On peut être bon lecteur et bon noceur et je ne vous parle pas de nos illustres auteurs qui savaient faire la bringue. Donc rien ne vous oblige à lire avec un plaid sur les genoux au coin du feu.

  Par ailleurs, si on analyse l’activité de lecture de façon tout à fait rationnelle (ce qui doit forcément plaire à l’animal raisonnable qu’est l’homme) nous sommes bien obligés de constater que la lecture se classe parmi les loisirs les plus « profitables » lorsqu’on étudie ses différents indicateurs (prix, durée)… Une place de cinéma peut couter jusqu’à 10 euros, à ce prix, c’est un kilo de livres d’occasion qu’on peut s’acheter, ce qui normalement devrait pouvoir nous emmener bien au-delà de la durée moyenne d’un film. J’entends déjà d’ici des persiflages : « et le sexe alors ? ». Coquin que vous êtes, bon d’accord c’est gratuit (la plupart du temps), mais bien que je ne doute pas que vous soyez de vigoureux amants, il me parait peu probable que vos parties de jambes en l’air puissent rivaliser en durée avec le temps qu’il vous faudrait pour lire nos grands romans nationaux. La comparaison s’arrête donc là. La lecture enrichit beaucoup et elle ouvre un canal privilégié sur l’intellect, on voyage, on apprend on vibre, c’est là tout le plaisir d’ailleurs.

 Moi je verrai bien 5 pages de lecture par jour comme on vante les bienfaits des fruits et des légumes donc en conclusion, lisez, c'est bon pour la santé.

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