Littéraire pour quoi faire ? Blog littéraire et alors ?

Critique d'une critique

undefined

 

J'apporterai bientôt ma première contribution à la rubrique "lu" de ce site. Je le rappelle, cette rubrique aura pour but de donner mon avis sur des œuvres que j'ai lues, ce qu’on appelle communément une critique.... au risque de vous étonner, je peux d'ores et déjà annoncer que dans cette rubrique il n'y aura pas l'ombre d'une mauvaise critique, je les trouve inutiles, voire dangereuses et je m'en vais vous dire pourquoi.

Trop souvent en lisant de mauvaises critiques, j'ai eu la sensation de lire une décision de justice, dans les mots du critique, déjà la peine à encourir et un artiste qu’on pousse de force sur les premières marches d’un échafaud. On y trouve parfois une violence inouïe qu’on a eu du mal à concevoir. Difficile d’imaginer que de la littéraire même mauvaise, puisse inspirée tant de haine, c’est exagéré quand le critique devient ce cabot qui ne veut que divertir les foules en jetant ses fruits pourris à la tête des autres.

Là est tout le problème, une poignée de critiques dans le domaine artistique aiment se livrer à ce qui est à mes yeux qu’un jeu de massacre vaguement esthétique, un exercice qui ne consisterait qu’à étaler son verbe dans un assemblage de phrases chics et chocs. On croirait de l’escrime, pas chassés, coups d’estoc et de taille... Il y a méprise, le style flamboyant et la volubilité confondus avec de la prose tout juste rageuse. Il faudrait que ce soit bien meilleur, pour que le texte du critique se suffise à lui-même et qu’on en pardonne la bassesse.

Donner son avis, ce n'est pas une chose à prendre à la légère. C'est donner deux directions à ses mots. L'une va vers l'auteur de l’œuvre, l'autre vers une pléthore d'inconnus qu'on aimerait voir marcher dans nos pas. Il est évident qu’en critiquant on ne doit pas s’adresser à quelques camarades dans l’unique objectif de les faire pour pouffer, ce qu’on observe bien trop souvent…
Plus on est un critique suivi, plus notre responsabilité est grande. Le danger évidemment est de se montrer docte ou d’user d’un ton sans réplique comme si chacun de nos mots contenait une sagesse infinie et inattaquable. La charge des portraits doit résider dans les sentiments hostiles qu’on y met, ceux qui rendent les opinions catégoriques, car les forts sentiments n’ont jamais fait dans la nuance. Personnellement, je ne prends pas la responsabilité de détourner un lecteur d'une lecture susceptible de lui plaire… Au pire, me dis-je, la mauvaise littérature n’a jamais tué qui que ce soit... Qui suis-je d'ailleurs, pour juger pour autrui ce qui est bon ou mauvais. Il en va de même pour les critiques reconnus, aussi pertinent soit leur analyse, aussi expérimentés soient-ils, leur opinion savamment construite n’a pour base que leur seule vérité, il serait donc sage de rester critique vis-à-vis des critiques.

Être un suiveur, c’est humain et un peu tendance... On arrive à remettre en cause un avis, mais qui ne serait pas tenté d’en suivre 5000 ? Il faut voir comment nous motivons nos achats et réservations sur internet. Un excellent restaurant aujourd’hui s’estime plus aux étoiles délivrées par les internautes que par celles attribuées par le guide Michelin ! Parlons-en de ces internautes, ces parfaits inconnus, robots humains ou non, plus ils sont nombreux, plus on a envie de les croire, on pense que c’est du bon sens, c’est en réalité un biais cognitif.

Mais finalement ce qui m’agace le plus dans certaines critiques, c’est le manque de bienveillance qu’on y met. Laissons la méchanceté aux méchants et ne sanctionnons que ce qui est délibéré, croyez-vous que les auteurs décident sciemment d’écrire de la mauvaise prose ? C’est mal connaitre le processus de création artistique, ce lieu où l'on met tellement de soi, d’espoir et d’énergie. Le lien est étroit entre l’artiste et son œuvre, évitons de blesser l’un en s’attaquant à l’autre. La liberté d’expression nous permet de faire toute sorte de critiques, mais n’en faisons pas qu’un exercice sauvage, une agression, la baffe qu’on donne en passant et qui précède notre fuite que l'on fait en courant de peur des représailles.

Pour conclure, je citerai mon père lors de mes jeunes années: "tu as le droit de ne pas aimer ta soupe, mais n’en dégoûte pas les autres".

Liseuse, l’histoire d’une apostasie ?

 undefined

 Aujourd’hui, si j’en suis les dernières études sur le sujet *, je fais partie de cette catégorie qu’on appelle les « gros lecteurs ». Pour appartenir à cette catégorie, il semblerait qu’il suffise de lire une vingtaine de livres à l’année. Avec mon profil (homme, moins de 30 ans) et un nombre de livres à l’année qui avoisine plus les 50 (sans compter les BDs qui semblent inclues dans les comptes) j’appartiens plus au genre du lecteur OVNI. En revanche, là où je m’inscris davantage parmi la grande majorité des Français, c’est dans la répartition que j’ai entre livres papier et livres numériques (les chiffres parlent de 20%). J’ai une liseuse et pendant des années je me suis pourtant dit que ce n’était pas quelque chose pour moi. La raison numéro 1 que j’avançais pour m’en convaincre était mon côté bibliophile. En effet, je suis un collectionneur et suis très attaché à l’objet livre, il n’y a pas de plus grande satisfaction pour moi que de remplir avec le vide de mes étagères. Le livre numérique, je le visais alors comme une forme de trahison. 

  Je me suis posé la question : est-ce qu’en achetant une liseuse, je suis passé à l’ombre ? « J’ai craqué », ai-je parfois répondu à ceux qui me connaissaient et qui m’interrogeaient sur mes motivations d’achat, cela paraissait curieux à leurs yeux et avouons-le un peu antinomique. «Craquer », voilà un mot pas tout à fait anodin; la liseuse est-elle à diaboliser pour nous les gros lecteurs amateurs de papier, constitue-t-elle une tentation, ou pire, un vice qui serait en passe d’envahir sournoisement notre pas si grande famille ?

Pratique

On l’a déjà beaucoup dit, la liseuse c’est pratique. Tout d’abord, pour des raisons qui sautent aux yeux : pour les fans de lecture, la perspective d’apporter avec soi des centaines d’heures de lecture sans excès de bagages peut déjà faire tourner les têtes. Reconnaissons aussi le confort de lecture d’une liseuse qui aujourd’hui est comparable à celui d’un livre classique. Maintenant, il y a aussi des raisons qui paraissaient à première vue moins évidentes. C’est pourtant celles-ci qui m’ont fait tomber définitivement du côté des adeptes des livres électroniques.
  Je suis usager des transports en commun, ce qui bien souvent est synonyme de rames bondées. La liseuse dans ce genre de situation montre des atouts que le livre papier n’a pas : un seul doigt suffit pour tourner les pages dessus et si la foule vous oppresse et vous oblige à prendre des positions acrobatiques, il n’y a plus de risque de perdre son marque-page ou de voir les pages de son livre se refermer ! Il y a un autre aspect qui au début m’est apparu comme un gadget inutile : le dictionnaire intégré qu’offrent la plupart des liseuses. Aujourd’hui, je suis devenu accro à cette fonctionnalité, plus un mot échappe à ma compréhension, je peux dans l’instant en connaitre sa signification et pour peu que j’aie du réseau internet, j’ai la possibilité d’approfondir également les sujets dont traitent mes livres par une recherche sur la toile. Dernier point, le moins remarqué selon moi, la liseuse préserve votre anonymat de lecture ! Il n’y a pas de couverture, pas de titres tonitruants qui pourraient renseigner vos voisins sur le contenu de vos lectures si vous aimez lire dans l’espace public. Alors, osez lire vos livres les plus sulfureux sans peur de rougir, c’est le moment de sortir Sade du haut de vos étagères, de laisser s’aérer (si je puis dire) Les Onze Milles Verges d’Apollinaire, qui déjà rien que par le nombre surpassent les 50 nuances de gris de James. Et ce n’est pas tout, ça peut aussi valoir pour tous ces livres de développement personnel qu’on a du mal à assumer : 10 étapes pour devenir viril, pour les hommes et Pourquoi je ne trouve pas de mecs ? pour les femmes, on peut enfin les lire en toute discrétion !

Moins de livres papier ?

  On pourrait penser naïvement qu’à partir du moment où on cède à la liseuse, on tourne définitivement le dos aux livres papier. C’est faux. Je dois avouer que le nombre de livres que j’achète n’a pas bougé d’un iota. Les nouveaux lecteurs sur supports numériques sont déjà des lecteurs sur supports physiques et dans la majorité des cas le restent. En changeant sa façon de faire de lire, on ne vire pas sa cuti et on ne devient pas plus schizophrène, ouf !
  L’usage que j’ai de la liseuse par rapport aux livres papier est juste différent et finalement complémentaire. Je lis plus, la liseuse me permettant de mieux lire dans les transports et lire plus pendant les vacances.

Trouver des livres numériques : disponibilité et prix

  Est-ce compliqué de trouver des ebooks? Tout d’abord, pas de chichi entre nous, il existe une offre illégale et elle est pléthorique. Sur le Net vous trouverez plus de livres numériques (epub, mobi, pdf…) que vous ne pourrez en lire tout au long de votre vie et même dans le cas improbable d’une espérance de vie à mille ans !
  Si vous voulez rester dans le légal, sachez que pour tous les grands classiques tombés dans le domaine public, il existe probablement une version numérique et gratuite de ceux-ci et ça c’est plutôt sympa. En dernier recours, les grandes plateformes du livre numérique (fnac, amazon) peuvent réserver de bonnes surprises, on y trouve des œuvres de jeunes auteurs autopubliés pour quelques euros et parfois on a la chance de tomber sur un vrai bon premier roman. En parallèle, vous trouverez inévitablement tous vos romans préférés issus du circuit classique de l’édition dans leur version dématérialisée que vous pourrez la plupart du temps télécharger directement sur votre appareil. Pour ceux-ci, on regretta seulement un prix élevé pour un cout de fabrication qu’on peut raisonnablement pensé bien moindre que celui de la version papier, la différence parfois n’étant pas énorme.

  Vous l’aurez compris, je ne peux que vous encourager à franchir le pas de la liseuse et même (surtout ?) si vous êtes un gros lecteur comme moi. Il est inutile de jouer les puristes et de se placer comme le dernier le défenseur d’une race en perdition. La liseuse ne tue pas le livre papier et je ne crois pas à la théorie du tout numérique qui viendrait lui porter un coup fatal. Tant qu’il y aura des lecteurs, il y aura de vrais livres. Et après tout, papier ou numérique, qu’importe la différence, du moment qu’on lit encore, ce qui est déjà beaucoup.


* Etude Ipsos/CNL sur les habitudes de lecture des Français.
http://www.calameo.com/read/0018287151bf454f21996

Le jour où j'ai écrit sur mes amis

undefined

  Comme tous les auteurs en manque d’inspiration, j’ai usé fréquemment d’un recours facile pour créer les personnages de mes livres : m’inspirer de personnes réelles issues de mon entourage. Une fois tombés dans mon univers de fiction, ces familiers m’appartiennent et j’ai tout le loisir de les transformer pour venir satisfaire la fantaisie de la narration. La transformation permet de brouiller les pistes, ne subsiste que des clins d’œil discrets et si la personne à la base du personnage n’apprécie pas l’hommage qui lui est rendu, je peux comme tous les écrivains couards user de ma meilleure défense : non ce n’est pas toi, c‘est une fiction !

  Et un jour j’ai décidé d’écrire un roman sur mes amis... Plus de travestissement permis dès lors qu’on entame un roman annoncé comme 100% biographique dans lequel les masques et les identités tombent. On dit souvent que pour bien écrire on doit être proche de son sujet, avec ma dizaine de potes qui me suivaient depuis le lycée je ne pouvais pas mieux tomber.

  Avec ce livre, je m’imaginais pouvoir couvrir une période de 10 ans, cette tranche de vie qui est selon moi emblématique et qui assure la jonction entre la fin de l’adolescente et le début de la vie adulte. Je la vois et je l’ai vécu comme une période charnière de l’existence, pleine de réminiscences de l’enfance, mais peu à peu remplie d’envies d’adulte, on mute, parfois de façon radicale et on veut déjà construire. 10 ans, c’est bien long et je m’étais aperçu très vite que mes seuls souvenirs ne suffiraient pas. Je manquais de matière et le risque aussi était de m’enfermer dans un unique point de vue et de rester à la surface des choses pour tout ce qui était des sentiments profonds. C’est pourquoi j’ai eu l’idée d’interroger un à un mes amis. La vérité aussi, c’est que je les connaissais mal, après 10 ans d’amitié j’aurais dû être capable de faire cet exercice seul, mais nous avions encore beaucoup de zones d’ombre les uns pour les autres. Notre amitié était devenue plan-plan et par pudeur ou facilité nous n’abordions plus les sujets qui fâchent ou qui touchent au moi profond et je voulais un roman de l’intime et du drame ordinaire. Les souvenirs de soirées débridées, j’en avais à la pelle et je les savais sans intérêt, je voulais autre chose et c’est ça que je suis allé chercher en interview. Car je n’étais pas totalement inculte de leur personne, j’avais réfléchi à mon projet et pour différentes raisons, je savais qu’ils avaient des vies singulières qui pouvaient rivaliser avec les meilleurs romans et on avait déjà tant écrit sur l’amour.

  Les interviews se sont étalées sur plusieurs semaines, parfois cela a été des face à face de plusieurs heures. Je leur avais demandé de se livrer en toute sincérité, l’exercice des confessions fut plus facile pour certains que pour d’autres. Je ne les ai pas bridés, seulement parfois je leur ai imposé de répondre à des questions ciblées quand je m’imaginais que les réponses pourraient me servir à préparer une scène que j’avais en tête ou fouiller plus en avant un sujet. Ce fut étrange, riche et émouvant, souvent presque trop sérieux. Parfois, on a oublié d’en rire. Recevoir les confessions d’un autre, sans véritables échanges, j’ai trouvé cela dérangeant. Cela a un côté clinique et installe un rapport de supériorité qui n’est pas tolérable, surtout avec des proches. C’est surement pourquoi en fin d’interview j’ai demandé à chacun de me poser une question à laquelle je devais répondre en toute sincérité, comme si cela avait été vraiment un moment inique et que je devais rétablir un équilibre rompu. J’avais leur histoire, la nôtre et il ne tenait qu’à moi de la faire résonner universellement. Mes motivations étaient claires, même si ce livre s’adressait qu’à eux, il devait être compris par tous. J’avais en tête une logique d’induction, me disant que si c’était vrai pour nous, ce serait inévitablement vrai pour tous les autres, car l’amitié est le propre de l’homme et rien de ce qui appartient à l’humain ne devrait nous être étranger. Il restait à ma charge de réussir à en isoler ces principes fondateurs et disséquer et disserter sur les sentiments humains au sein de nos existences douces-amères.

  L’écriture de ce roman m’a demandé quasiment un an de travail et puis un jour je fus prêt à leur dévoiler le livre, leur roman.C’est peu dire qu’il y a eu beaucoup d’attente chez certains. Un livre sur soi, ça ne laisse pas indifférent. De mon côté, la pression était énorme et ils étaient bien les dernières personnes que j’avais envie de décevoir. Il était certain que leurs critiques auraient sur moi un impact plus important que celles de n’importe qui d’autre.

  En juin 2016, par une belle journée d’été, j’étais dans le jardin d’un couple d’amis (personnages de romans à leurs heures) et je jouais à l’écrivain. J’ai remis ce jour-là à chacun d’entre eux un exemplaire du livre et d’une façon assez solennelle d’ailleurs. J’affichais bien moins d’émotions que ce que je ressentais en réalité. Les plus rapides finirent leur lecture en quelques jours, mais ce n’est qu’un mois plus tard que nous avons pu être tous réunis pour en parler.

  Le livre avait fait parler. C’était surement un de ses buts inavoués. Plus important pour moi, il les avait réfléchir. Une action que j’envisage plus logique dans la continuité de la lecture comme si la parole et les écrits étaient des frères ennemis. D’abord, ce qui a interpellé certains, c’est cette dissonance qui pouvait exister quand le regard que j’ai porté sur eux était différent de la façon dont ils se voyaient. C’était vrai pour les grandes lignes de leur vie, pour les détails ils se montrèrent plus indulgents, m’accordant d’emblée le droit à une liberté de création. Je fus épinglé ensuite sur la question du vrai et du faux, quelques heures d’interview ne furent évidemment pas suffisantes pour réaliser un livre de plusieurs centaines de pages. Le projet n’était pas de faire un compte-rendu servile de leur témoignage. Dans la moulinette de mon cerveau, j’ai romancé leurs dires, inventé quand il le fallait, fait les jonctions nécessaires et bouché les vides.A posteriori, j’ai compris ce qui les avait le plus questionnés, voire les plus gênés : ces fois où j’avais mêlé vérité pure et invention de toute pièce, cela a dû être forcément déroutant de leur point de vue et pu être vécu comme une odieuse cohabitation. Imaginez aussi que chacun découvrait l’histoire des autres pour la première fois, cela jetait le trouble sur l’histoire et ils pouvaient se trouver dans la situation dans laquelle on ne sait plus à quoi s’en tenir. J’avais collé à leur nom à une réalité qui n’était pas la leur. Qui supporterait de voir son histoire intime déformée ou pire, alourdie d’odieux ajouts. Voilà que j’avais pu blesser l’amour-propre de certains, sans même m’en rendre compte. Cela m’a donné à réfléchir, sur les droits fondamentaux d’un écrivain, ce droit à écrire. J’avais obtenu leur accord, c’est certain, mais était-ce suffisant pour tout écrire et prendre autant de libertés avec leur vie ? D’autant plus que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Mais mes amis sont géniaux et une seule fois pour tout le texte, ils m’ont demandé de réécrire une scène, l’intéressé autant que les autres trouvant que j’étais allé trop loin. Je me suis expliqué, ils m’ont pardonné. C’était la règle de notre jeu et dès le début je leur avais indiqué qu’ils auraient un droit de regard sur le texte du moment que cela touchait à une part essentielle de leur biographie.

  Suite à cela, la discussion prit une forme moins sérieuse, les vannes fusèrent, ce qui était une chose plutôt habituelle dans notre groupe : l’un s’offusqua d’apparaitre si peu tout au long du roman par rapport aux autres, l’autre fit remarquer qu’il manquait souvent des mots dans ses chapitres… Pour moi, si on en était là, cela signifiait que l’essentiel avait été dit.
Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir permis d’écrire ce livre sur eux, finalement cela aurait pu passer pour un de mes caprices et ils n’avaient aucune obligation de s’y soumettre. À moins que pour eux ce fût plus que cela et qu’au cours du projet ils aient rallié mes motivations profondes, ce que je crois. Ce livre a eu une fonction et s’il a permis de sublimer notre amitié en permettant qu’on puisse en apprendre plus sur chacun d’entre nous, c’est qu’il a réussi sa mission.

  De mon côté, d’un point de vue strictement personnel, c'était surtout une aventure humaine. Pour ce qui concerne la seule écriture, ce fut une expérience de plus et j’ai pris plus de plaisir dans l’écriture de ce livre que pour n’importe quel autre. Après réflexion, je ne pense pas qu’il y ait un avenir à envisager pour ce livre, trop intimiste, contrairement à ce que je pensais et je ne le vois pas quitter le cercle restreint de mes familiers. Peu m’importe, quand je vois ce livre dans les étagères de mes amis, je ne peux m’empêcher de ressentir une immense fierté et me dire que c’est bien le truc le plus dingue que j’ai fait par amitié.

Littérature et progéniture

undefined

Les anciens disaient aut libri aut liberi qui, si tant est qu'on aime le latin approximatif et les rimes riches, peut être traduit par « soit la littérature soit la progéniture ». En effet, il existe une idée souvent rabâchée : nos grands auteurs sont des solitaires.
Et pour cause, leur œuvre demande un investissement de chaque instant qui est difficilement conciliable avec une vie de famille (on se rappellera de Rousseau qui pour être définitivement tranquille choisira de laisser ses enfants aux bons soins de l’assistance publique !). On se moque de s’occuper des marmots, quand notre vocation est de choyer les mots ! Certains comme Chateaubriand ou Voltaire choisiront de ne jamais avoir d’enfants, comme si toute leur descendance était contenue dans leurs livres.

Il est d’ailleurs intéressant de noter les similitudes du vocabulaire employé lorsque l’on parle de création ou de procréation. On peut accoucher d‘un manuscrit (parfois dans la douleur), en avoir un autre en gestation et être très fier de son petit dernier (surtout quand celui-ci présente un beau poids de 500 pages et mesure 16x24 centimètres).
L’écrivain, on l'a déjà écrit ici, est un être un peu narcissique et se rêve sans attaches. Il a rayé sa filiation par le haut (pourquoi croyez-vous qu’il y en a eu autant qui ont fait usage d’un pseudonyme ?) et serait bien tenté de faire de même par le bas. Il ne veut pas être imité et tient surtout à rester inégalé, cela pourrait nuire à son génie... Seuls ses livres comptent qui finalement ne peuvent être que le fruit d’amours incestueuses.

Plus prosaïquement et pour conclure, constatons seulement que le monde littéraire compte quelques grandes figures homosexuelles (Proust, Gide, Cocteau) qui dans des temps plus difficiles n’a pas dû arranger leur envie de bébés...

Les écrivains sont-ils tous fous ?

undefined

S’il y a bien une idée qui entoure les grands écrivains et les artistes en général, c’est celle de leur supposée folie. En effet, on peut s’imaginer avec une étrange facilité l’écrivain, cet être torturé, artiste maudit et incompris évoluant dans un monde trop dur. La folie, la bonne amie des écrivains ?
Tout d’abord, entendons-nous sur le terme folie, ne délivrons pas de faux espoirs, si votre cas relève de la grande psychiatrie, que vous avez une envie irrésistible de manger le pinceau qu’on vous tend et un curieux besoin de vous tailler des ailes dans le papier de vos manuscrits, il y aura peu de chance que vous deveniez le prochain Hugo (écrivain plutôt sage en passant qui compte à son actif seulement quelques frasques sexuelles). C’est plutôt une folie moindre qui animerait nos hommes de plume, mais pourquoi ?

Sensible, trop sensibles ?

Tentons d’établir le tableau clinique de l’écrivain. Il y a un trait de personnalité qui semble dominer et que le plus grand nombre leur concédera facilement : leur sensibilité. Sans tomber dans le cliché de l’écorché vif, on peut raisonnablement penser que l’écrivain est un être plus sensible que la moyenne. Il semble en effet, ressentir les choses avec une grande acuité, comme s’ ils percevaient les mélodies secrètes du monde.

Fragiles

C’est peut-être tout simplement cette trop grande sensibilité qui peut amener chez eux une certaine fragilité. On rit plus fort, mais les douleurs apparaissent plus grandes dans un monde considéré comme une vallée de larmes. On peut alors avancer l’hypothèse que cette fragilité puisse constituer un terrain favorable à l’émergence de pathologies mentales comme la dépression ou la mélancolie clinique. Des maladies qui peuvent mener peu à peu à l’isolement. Un retrait qui peut être à double tranchant et qui peut venir servir une formidable capacité de travail, faire éclore d’un coup un élan de génie sauvage ou faire définitivement sombrer dans la peur et la folie.

Dépendants

Les artistes ont de la peine et certains ont choisi de fuir leur détresse en se réfugiant dans les paradis artificiels. Longue est la liste des écrivains qui tout au long de leur vie ont entretenu une addiction aux stupéfiants. Les drogues, il n’est plus utile de le démonter, peuvent faire des ravages et mettre en péril la santé mentale des artistes.

Libres

Heureusement les cas avérés de folie véritable ne sont pas plus nombreux chez les écrivains que dans le reste de la population. Des névrosés, des suicidés, le monde en est hélas ! peuplé. La folie des artistes est donc à chercher ailleurs. Et si elle résidait dans leur originalité, leur dégout des conventions, la rupture qu’ils installent avec leurs contemporains qui pour peu qu’ils soient un peu rageux, auraient tôt fait de les qualifier de fous !

 

Pourquoi écrire ?

undefined

Tous auteurs ?

Il parait que nous sommes des centaines de milliers à écrire et je ne parle pas des professionnels (écrivains, journalistes…) dont l’écriture est leur gagne-pain, mais plutôt de ces milliers d’auteurs inconnus (dont je fais partie !) qui écrivent presque en cachette et possèdent le fameux manuscrit de fond de tiroir. Est-ce qu’on a des manuscrits dans nos tiroirs comme des cadavres dans nos placards ? Mystère. Il semble qu’il y ait ceux qui écrivent et ceux qui n’écrivent pas une logique un peu binaire, n’est-ce pas ? Mais alors, où se situe la différence ? Les écrivaillons se ressemblent-ils et puisent-ils au même endroit leur envie d’écrire ?

Faisons un petit tour d’horizon des motivations qui nous poussent à écrire.

Se libérer.

L’écriture est un acte intime, on ne le dira jamais assez : on est jamais aussi près de nous-mêmes lorsqu’on écrit. C’est une activité intellectuelle et notre intellect aime copiner avec notre esprit. C’est pourquoi certains en ont fait un outil thérapeutique. Certains peuvent même entrevoir votre personnalité dans votre écriture et vos écrits, car on met toujours beaucoup de soi lorsqu’on prend la plume (c’est une métaphore, on sait qu’aujourd’hui on préfère tapoter nos tapuscrits (sic)). Écrire pour se libérer, écrire pour fuir, écrire pour se déguiser et incarner ce que l’on n’est pas. Les auteurs seraient-ils donc que des névrosés qui ont besoin de vider sur le papier le contenu de leurs angoisses. À lire certains écrivains, on pourrait le penser ! Je crois que je consacrerai mon prochain article au lien tenu qui semble exister entre folie et littérature.

Transmettre.

Cela peut passer pour une platitude, mais si on écrit c’est qu’on espère être lu. Nos journaux intimes, même si l’on s’en défend, sont destinés à un autre fantasmé : celui qui pourra nous comprendre, nous aimer peut-être. Si je débite mes mots ici, ce n’est quand même pas pour mon propre plaisir ! Quoique (Je vous invite à garder cette réflexion pour le prochain paragraphe !)... Un spectacle après tout, ne peut se jouer en l'absence de spectateurs.

Briller ?

La question de l’égo des auteurs se pose alors. L’auteur ne serait-il pas une personne un peu narcissique ? Drôle de position que celui qui écrit affirmant ainsi que ce qu’il voudrait dire mérite d’être lu. Qui écrit ? Les plus bavards ? Ceux qui ont le plus vécu et pour qui l’expérience pèse et les  fait pencher vers la feuille ? Surement. Il est bien connu que les gens heureux, ceux qui ont la vie tranquille, n’ont pas d’histoires. Les écrivains de fiction sont les pires, des mégalomanes de la pire espèce qui se prennent pour des démiurges et créent des univers de papier abasourdis qu’ils sont par leur toute-puissance.

Il existe surement plein d’autres raisons de noircir le papier et elles sont toutes bonnes si elles nous appartiennent. Et vous, pourquoi écrivez-vous ?

 

Billets plus récents → Accueil ← Billets plus anciens