Littéraire pour quoi faire ? Blog littéraire et alors ?

Le livre dont vous êtes le héraut...

Chers tous,

Je vais profiter de ce blog pour me livrer à une expérience que je trouve intéressante.

Dans cette rubrique, d'une façon que j'espère la plus régulière possible, je publierai les chapitres d'un roman en cours

de rédaction, au fur et à mesure de l'avancée de l'écriture.  De la littérature en circuit court en somme, aussitôt produite,  aussitôt consommée !

Pour vous, chers internautes,  j'espère pouvoir susciter votre curiosité page après page et vous intégrer pleinement dans le processus créatif. Pour moi, outre le côté très excitant de ce nouveau challenge, c'est l'occasion d'obtenir un retour sur mes écrits en direct (avec un léger différé) et retravailler mes textes en fonction de vos critiques que j'espère nombreuses. 

Le roman s’intitule Sortie de route.  Premiers chapitres bientôt disponibles ici.  

Le jour où j'ai écrit sur mes amis

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  Comme tous les auteurs en manque d’inspiration, j’ai usé fréquemment d’un recours facile pour créer les personnages de mes livres : m’inspirer de personnes réelles issues de mon entourage. Une fois tombés dans mon univers de fiction, ces familiers m’appartiennent et j’ai tout le loisir de les transformer pour venir satisfaire la fantaisie de la narration. La transformation permet de brouiller les pistes, ne subsiste que des clins d’œil discrets et si la personne à la base du personnage n’apprécie pas l’hommage qui lui est rendu, je peux comme tous les écrivains couards user de ma meilleure défense : non ce n’est pas toi, c‘est une fiction !

  Et un jour j’ai décidé d’écrire un roman sur mes amis... Plus de travestissement permis dès lors qu’on entame un roman annoncé comme 100% biographique dans lequel les masques et les identités tombent. On dit souvent que pour bien écrire on doit être proche de son sujet, avec ma dizaine de potes qui me suivaient depuis le lycée je ne pouvais pas mieux tomber.

  Avec ce livre, je m’imaginais pouvoir couvrir une période de 10 ans, cette tranche de vie qui est selon moi emblématique et qui assure la jonction entre la fin de l’adolescente et le début de la vie adulte. Je la vois et je l’ai vécu comme une période charnière de l’existence, pleine de réminiscences de l’enfance, mais peu à peu remplie d’envies d’adulte, on mute, parfois de façon radicale et on veut déjà construire. 10 ans, c’est bien long et je m’étais aperçu très vite que mes seuls souvenirs ne suffiraient pas. Je manquais de matière et le risque aussi était de m’enfermer dans un unique point de vue et de rester à la surface des choses pour tout ce qui était des sentiments profonds. C’est pourquoi j’ai eu l’idée d’interroger un à un mes amis. La vérité aussi, c’est que je les connaissais mal, après 10 ans d’amitié j’aurais dû être capable de faire cet exercice seul, mais nous avions encore beaucoup de zones d’ombre les uns pour les autres. Notre amitié était devenue plan-plan et par pudeur ou facilité nous n’abordions plus les sujets qui fâchent ou qui touchent au moi profond et je voulais un roman de l’intime et du drame ordinaire. Les souvenirs de soirées débridées, j’en avais à la pelle et je les savais sans intérêt, je voulais autre chose et c’est ça que je suis allé chercher en interview. Car je n’étais pas totalement inculte de leur personne, j’avais réfléchi à mon projet et pour différentes raisons, je savais qu’ils avaient des vies singulières qui pouvaient rivaliser avec les meilleurs romans et on avait déjà tant écrit sur l’amour.

  Les interviews se sont étalées sur plusieurs semaines, parfois cela a été des face à face de plusieurs heures. Je leur avais demandé de se livrer en toute sincérité, l’exercice des confessions fut plus facile pour certains que pour d’autres. Je ne les ai pas bridés, seulement parfois je leur ai imposé de répondre à des questions ciblées quand je m’imaginais que les réponses pourraient me servir à préparer une scène que j’avais en tête ou fouiller plus en avant un sujet. Ce fut étrange, riche et émouvant, souvent presque trop sérieux. Parfois, on a oublié d’en rire. Recevoir les confessions d’un autre, sans véritables échanges, j’ai trouvé cela dérangeant. Cela a un côté clinique et installe un rapport de supériorité qui n’est pas tolérable, surtout avec des proches. C’est surement pourquoi en fin d’interview j’ai demandé à chacun de me poser une question à laquelle je devais répondre en toute sincérité, comme si cela avait été vraiment un moment inique et que je devais rétablir un équilibre rompu. J’avais leur histoire, la nôtre et il ne tenait qu’à moi de la faire résonner universellement. Mes motivations étaient claires, même si ce livre s’adressait qu’à eux, il devait être compris par tous. J’avais en tête une logique d’induction, me disant que si c’était vrai pour nous, ce serait inévitablement vrai pour tous les autres, car l’amitié est le propre de l’homme et rien de ce qui appartient à l’humain ne devrait nous être étranger. Il restait à ma charge de réussir à en isoler ces principes fondateurs et disséquer et disserter sur les sentiments humains au sein de nos existences douces-amères.

  L’écriture de ce roman m’a demandé quasiment un an de travail et puis un jour je fus prêt à leur dévoiler le livre, leur roman.C’est peu dire qu’il y a eu beaucoup d’attente chez certains. Un livre sur soi, ça ne laisse pas indifférent. De mon côté, la pression était énorme et ils étaient bien les dernières personnes que j’avais envie de décevoir. Il était certain que leurs critiques auraient sur moi un impact plus important que celles de n’importe qui d’autre.

  En juin 2016, par une belle journée d’été, j’étais dans le jardin d’un couple d’amis (personnages de romans à leurs heures) et je jouais à l’écrivain. J’ai remis ce jour-là à chacun d’entre eux un exemplaire du livre et d’une façon assez solennelle d’ailleurs. J’affichais bien moins d’émotions que ce que je ressentais en réalité. Les plus rapides finirent leur lecture en quelques jours, mais ce n’est qu’un mois plus tard que nous avons pu être tous réunis pour en parler.

  Le livre avait fait parler. C’était surement un de ses buts inavoués. Plus important pour moi, il les avait réfléchir. Une action que j’envisage plus logique dans la continuité de la lecture comme si la parole et les écrits étaient des frères ennemis. D’abord, ce qui a interpellé certains, c’est cette dissonance qui pouvait exister quand le regard que j’ai porté sur eux était différent de la façon dont ils se voyaient. C’était vrai pour les grandes lignes de leur vie, pour les détails ils se montrèrent plus indulgents, m’accordant d’emblée le droit à une liberté de création. Je fus épinglé ensuite sur la question du vrai et du faux, quelques heures d’interview ne furent évidemment pas suffisantes pour réaliser un livre de plusieurs centaines de pages. Le projet n’était pas de faire un compte-rendu servile de leur témoignage. Dans la moulinette de mon cerveau, j’ai romancé leurs dires, inventé quand il le fallait, fait les jonctions nécessaires et bouché les vides.A posteriori, j’ai compris ce qui les avait le plus questionnés, voire les plus gênés : ces fois où j’avais mêlé vérité pure et invention de toute pièce, cela a dû être forcément déroutant de leur point de vue et pu être vécu comme une odieuse cohabitation. Imaginez aussi que chacun découvrait l’histoire des autres pour la première fois, cela jetait le trouble sur l’histoire et ils pouvaient se trouver dans la situation dans laquelle on ne sait plus à quoi s’en tenir. J’avais collé à leur nom à une réalité qui n’était pas la leur. Qui supporterait de voir son histoire intime déformée ou pire, alourdie d’odieux ajouts. Voilà que j’avais pu blesser l’amour-propre de certains, sans même m’en rendre compte. Cela m’a donné à réfléchir, sur les droits fondamentaux d’un écrivain, ce droit à écrire. J’avais obtenu leur accord, c’est certain, mais était-ce suffisant pour tout écrire et prendre autant de libertés avec leur vie ? D’autant plus que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Mais mes amis sont géniaux et une seule fois pour tout le texte, ils m’ont demandé de réécrire une scène, l’intéressé autant que les autres trouvant que j’étais allé trop loin. Je me suis expliqué, ils m’ont pardonné. C’était la règle de notre jeu et dès le début je leur avais indiqué qu’ils auraient un droit de regard sur le texte du moment que cela touchait à une part essentielle de leur biographie.

  Suite à cela, la discussion prit une forme moins sérieuse, les vannes fusèrent, ce qui était une chose plutôt habituelle dans notre groupe : l’un s’offusqua d’apparaitre si peu tout au long du roman par rapport aux autres, l’autre fit remarquer qu’il manquait souvent des mots dans ses chapitres… Pour moi, si on en était là, cela signifiait que l’essentiel avait été dit.
Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir permis d’écrire ce livre sur eux, finalement cela aurait pu passer pour un de mes caprices et ils n’avaient aucune obligation de s’y soumettre. À moins que pour eux ce fût plus que cela et qu’au cours du projet ils aient rallié mes motivations profondes, ce que je crois. Ce livre a eu une fonction et s’il a permis de sublimer notre amitié en permettant qu’on puisse en apprendre plus sur chacun d’entre nous, c’est qu’il a réussi sa mission.

  De mon côté, d’un point de vue strictement personnel, c'était surtout une aventure humaine. Pour ce qui concerne la seule écriture, ce fut une expérience de plus et j’ai pris plus de plaisir dans l’écriture de ce livre que pour n’importe quel autre. Après réflexion, je ne pense pas qu’il y ait un avenir à envisager pour ce livre, trop intimiste, contrairement à ce que je pensais et je ne le vois pas quitter le cercle restreint de mes familiers. Peu m’importe, quand je vois ce livre dans les étagères de mes amis, je ne peux m’empêcher de ressentir une immense fierté et me dire que c’est bien le truc le plus dingue que j’ai fait par amitié.

Les écrivains sont-ils tous fous ?

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S’il y a bien une idée qui entoure les grands écrivains et les artistes en général, c’est celle de leur supposée folie. En effet, on peut s’imaginer avec une étrange facilité l’écrivain, cet être torturé, artiste maudit et incompris évoluant dans un monde trop dur. La folie, la bonne amie des écrivains ?
Tout d’abord, entendons-nous sur le terme folie, ne délivrons pas de faux espoirs, si votre cas relève de la grande psychiatrie, que vous avez une envie irrésistible de manger le pinceau qu’on vous tend et un curieux besoin de vous tailler des ailes dans le papier de vos manuscrits, il y aura peu de chance que vous deveniez le prochain Hugo (écrivain plutôt sage en passant qui compte à son actif seulement quelques frasques sexuelles). C’est plutôt une folie moindre qui animerait nos hommes de plume, mais pourquoi ?

Sensible, trop sensibles ?

Tentons d’établir le tableau clinique de l’écrivain. Il y a un trait de personnalité qui semble dominer et que le plus grand nombre leur concédera facilement : leur sensibilité. Sans tomber dans le cliché de l’écorché vif, on peut raisonnablement penser que l’écrivain est un être plus sensible que la moyenne. Il semble en effet, ressentir les choses avec une grande acuité, comme s’ ils percevaient les mélodies secrètes du monde.

Fragiles

C’est peut-être tout simplement cette trop grande sensibilité qui peut amener chez eux une certaine fragilité. On rit plus fort, mais les douleurs apparaissent plus grandes dans un monde considéré comme une vallée de larmes. On peut alors avancer l’hypothèse que cette fragilité puisse constituer un terrain favorable à l’émergence de pathologies mentales comme la dépression ou la mélancolie clinique. Des maladies qui peuvent mener peu à peu à l’isolement. Un retrait qui peut être à double tranchant et qui peut venir servir une formidable capacité de travail, faire éclore d’un coup un élan de génie sauvage ou faire définitivement sombrer dans la peur et la folie.

Dépendants

Les artistes ont de la peine et certains ont choisi de fuir leur détresse en se réfugiant dans les paradis artificiels. Longue est la liste des écrivains qui tout au long de leur vie ont entretenu une addiction aux stupéfiants. Les drogues, il n’est plus utile de le démonter, peuvent faire des ravages et mettre en péril la santé mentale des artistes.

Libres

Heureusement les cas avérés de folie véritable ne sont pas plus nombreux chez les écrivains que dans le reste de la population. Des névrosés, des suicidés, le monde en est hélas ! peuplé. La folie des artistes est donc à chercher ailleurs. Et si elle résidait dans leur originalité, leur dégout des conventions, la rupture qu’ils installent avec leurs contemporains qui pour peu qu’ils soient un peu rageux, auraient tôt fait de les qualifier de fous !

 

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